Union Européenne : Une lueur d’espoir !

 

Le « Brexit » redistribue les cartes.

 

 

L’incertitude engendrée par le vote britannique et les peurs qu’elle suscite, créent l’occasion de remobiliser l’attention du citoyen sur l’avenir de l’Union. Le désarroi des britanniques eux-mêmes, face aux mensonges et à l’impréparation des « vainqueurs » du scrutin, s’est traduit par une réaction immédiate de l’opinion publique continentale qui est amenée à questionner la pertinence et la crédibilité des promesses et des programmes des partis nationalistes eurosceptiques.

 

Contrairement aux voix qui – sous le couvert d‘une prudence et d’une modération mal placées – estiment qu’il est prématuré de se lancer dans une « refondation » de l’UE, c’est cependant maintenant, indépendamment des échéances électorales (Autriche -Italie – France – Allemagne) ou des négociations sue le Brexit, qu’il convient d’apporter la démonstration que l’Europe n’est pas le problème mais, au contraire, la solution pour l’épanouissement du bien-être économique, social et culturel de sa population en général et de l’avenir de la jeunesse en particulier.

 

La question européenne doit permettre un réalignement fondamental des forces politiques nationales sclérosées et discrédités pour porter un coup de butoir décisif aux partis extrémistes dont le programme se limite le plus souvent à souligner les échecs (réels) du pouvoir en place et l’indifférenciation progressive des partis traditionnels (UMPS en France). Insensiblement l’Union Européenne (« Bruxelles ») est devenu le bouc émissaire commode permettant aux autorités nationales de masquer leurs propres incompétences et tergiversations. Les partis nationalistes se présentent comme l’unique alternative à l’échec des gouvernements successifs. L’électeur dégouté, pense n’avoir le choix  qu’entre une Union Européenne décrédibilisée, soutenue mollement par ses élites politiques divisées, et les leurres d’un « souverainisme national », non testés en Europe depuis les sombres années 1930.

 

En France plus encore qu’ailleurs, il est nécessaire de capitaliser sur la demande de renouveau qui se dessine. Une recomposition du paysage politique autour de la question européenne – option que semble favoriser Emmanuel Macron – pourrait réunir autour d’un projet commun, une majorité de gouvernement allant de la « gauche social-démocrate » à la « droite jupéiste » en passant par le centre « Modem – UDI », capable de sortir le pays de son « immobilisme institutionnel et politique ». Le Président Hollande a souvent fait état de ce que l’Europe est l’avenir de la France. « Maintenant il est temps », pour paraphraser le discours visionnaire de Barak Obama à Dallas, de « substituer les actes aux discours » car «…. nous savons tous, au fond de nous-mêmes, que seule la solidarité est un antidote à la haine et que c’est cette Europe-là que nous voulons !»

 

Les effets du Brexit sont encore incertains et demeurent très largement imprévisibles, ainsi qu’en témoigne la volatilité des marchés qui réagissent (avec excès) à la moindre nouvelle. Ainsi, la nomination rapide du nouveau Premier Ministre ouvre la possibilité bienvenue mais encore incertaine, d’accélérer l’ouverture des négociations mais n’apporte aucun éclaircissement quant à leur teneur, leur durée et leurs conséquences. L’Union doit veiller en priorité à ses propres intérêts et poursuivre son intégration indépendamment du Brexit car, sans assurer sa propre pérennité,  la protection du « marché unique » et le renforcement de la gouvernance de l’Euro, la négociation avec la Grande-Bretagne n’a plus d’objet.

 

Il n’est pas inutile, dans ce contexte, de rappeler l’acharnement que le peuple grec a mis à assurer son maintien dans la zone Euro et les sacrifices considérables qu’il a acceptés. Un an après un accord arraché au forceps avec l’Eurozone, les Grecs subissent encore d’importantes restrictions en matière de paiements et de contrôle du crédit (voir Libre Belgique du 8/7/16). Ces désagréments sont cependant peu de choses comparées aux conséquences d’une implosion de l’€ qui entrainerait des dévaluations compétitives assorties d’un contrôle rigoureux des changes et d’une incidence dévastatrice sur l’activité économique européenne et mondiale.

 

Si le Brexit, le sort de la Grèce, le dossier de l’Euro ou de l’immigration ainsi que les menaces géopolitiques sur les frontières à l’est (voir sommet de l’OTAN à Varsovie) sont de nature à encourager le citoyen à remettre en question son attitude vis-à-vis du projet européen, il faut cependant éviter de bâtir l’argumentaire pour une refondation de l’Union sur la peur: un consensus bâti sur ce qu’on veut éviter au lieu de ce qu’on veut construire ne peut déboucher que sur l’immobilisme et l’échec.

 

Trouvera-t-on des hommes d’Etats ayant suffisamment de courage politique pour remettre en jeu, au nom de l’intérêt général, leurs confortables prébendes et leur soif de pouvoir ? Refuser le combat ou biaiser en trouvant des excuses pour reporter les décisions, c’est garantir la victoire de l’adversaire et la fin définitive de l’aventure européenne entreprise avec grand succès et patience depuis la deuxième guerre mondiale.

 

Seule une Union Européenne solidaire, responsable et démocratique peut lui garantir sa place dans le concert des grandes puissances mondiales et offrir aux générations futures la perspective d’une vie meilleure dans un monde plus sécurisé.

 

Bruxelles, le 14 juillet 2016

 

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité d’Orientation de l’Institut Thomas More.

 

 

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