Merci à Mediapart !

 

 

La publication par Mediapart des 4 notes qu’Arnaud Montebourg a adressées au Président de la République entre septembre 2012 et mars 2014 offre une perspective très éclairante sur certains aspects clefs de la première moitié du quinquennat. Les commentaires éditoriaux de Laurent Mauduit et d’Edwy Plenel, qui accompagnent cette publication et auxquels je renvoie le lecteur, en font une analyse particulièrement intéressante et fouillée.

 

Je ne cacherai pas que la lecture de ces notes a changé mon opinion sur le bouillant ex-Ministre du Redressement Productif. En premier lieu elles témoignent d’une compréhension approfondie des sujets très complexes qu’il aborde. Même si - et il ne s’en cache pas - il s’est appuyé sur les avis de collaborateurs directs et d’experts externes, n’est-ce pas une des plus importantes et trop rares qualités d’un Ministre de bien choisir ceux qui le conseillent ? Il assume donc la responsabilité de ses propositions et est en droit d’en revendiquer les mérites.

 

Un second élément est la loyauté gouvernementale du Ministre en poste qui ressort des notes, ainsi que sa discrétion, qui contredit l’image largement diffusée par les médias et que la publication de Medipart vient utilement corriger.

 

La qualité de l’analyse et l’exactitude des conséquences néfastes que la poursuite de la politique gouvernementale a engendrées, comme le démontrent malheureusement les chiffres du chômage et de la croissance pour 2014, sont  un motif supplémentaire d’approbation.

 

Enfin, j’ai été très heureusement surpris par l’engagement européen du Ministre qui a très bien saisi la nécessité d’œuvrer au niveau de l’Union pour combattre efficacement la montée en puissance du Front National.

 

Après avoir reconnu sans retenue ses efforts pour faire valoir ses arguments, je dois néanmoins apporter une sérieuse réserve quant aux moyens proposés pour « changer la politique de l’Europe » et amener l’Allemagne à résipiscence.

 

D’abord, cette « Europe » qu’il veut changer n’existe pas, du moins pas encore. Il commet une faute de raisonnement en rendant la Commission responsable des orientations et règles actuelles, alors que celles-ci sont déterminées par le Conseil qui se défausse sur la Commission pour les appliquer. Cette position est d’autant plus dangereuse, qu’il apparaît vouloir organiser au sein du Conseil un front commun des « pays du sud » contre l’Allemagne et ses affidés. L’Europe, qu’il appelle de ses vœux, ne se fera pas dans la confrontation entre pays qui ne sont pas prêts à mettre en commun une partie plus substantielle de leur souveraineté.

 

La défense implicite de la souveraineté nationale peut s’expliquer par une posture politique ; elle contraste cependant, avec la rigueur de l’analyse économique contenue dans les notes. Celles-ci identifient correctement la nécessité de parachever l’Union Economique et Monétaire et la catastrophe à laquelle l’implosion de la monnaie unique conduirait.  Sa posture « souverainiste » va, de ce fait, à l’encontre de l’affirmation de vouloir combattre la montée du national-populisme.

 

Quant à l’Allemagne, le Ministre met une fois de plus correctement en exergue le fait que c’est le pays qui a le plus à perdre d’un démantèlement de la monnaie unique et qu’il n a rien à perdre, par contre, d’un assouplissement du carcan que les pays Membres se sont imposés.

 

Ce qu’il oublie de prendre en compte, c’est que cette rigidité résulte de la volonté du Conseil (c'est-à-dire les Etats-Membres) de contourner une Union économique et fiscale partielle au profit de règles qui se doivent d’être dès lors  contraignantes. Lorsque  celles-ci se sont avérées incapables d’éviter des crises, le Conseil a créé de nouveaux instruments dont l’accès était inévitablement soumis à une conditionnalité stricte, incluant une austérité souvent peu adaptées à la situation ; une fois de plus, il se défaussait - cette fois sur la Troïka - pour assurer leur mise en œuvre et leur respect.

 

En conclusion, si Arnaud Montebourg est vraiment l’Européen progressiste qu’il prétend être, il devrait s’afficher résolument dans le camp de ceux qui prônent le parachèvement rapide de l’UEM  en soutenant la création d’un « gouvernement économique », doté d’un budget, de ressources propres et d’une capacité autonome d’emprunt. Cette Autorité est la seule qui pourrait engager valablement un dialogue constructif avec la BCE bénéficiant à l’ensemble des pays Membres et procurer à l’UEM les instruments de politique économique et monétaire adaptés.

 

C’est seulement dans ces conditions que l’extrapolation des conditions en vigueur aux Etats-Unis, en Grande Bretagne ou au Japon auxquelles se réfère le Ministre est applicable et que les politiques qui y ont favorisé la sortie de crise peuvent servir d’exemple.

 

Vu la crédibilité d’Arnaud Montebourg qui sort très largement renforcée par la publication de ses notes, son adhésion à ce projet serait un soutien substantiel à la cause de l’UEM, si malmenée par les contradictions qui la traversent.

 

Lorgues, le 17 février 2015

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité d’Orientation de l’Institut Thomas More.

 

 

 

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