Les Attentats terroristes du 13 novembre :

Sommes-nous en guerre?

 

 

La polémique sur l’usage sémantique du mot « guerre » fait rage et occupe les médias, les politiciens, les commentateurs professionnels ainsi que les praticiens d’internet et des réseaux sociaux. La réponse est pourtant simple : « Oui » ! Encore faudra-t-il expliquer de quelle guerre il s’agit.

 

Que recouvre l’utilisation du « Nous » ? Comme cela a été le cas lors des attaques du 11 septembre aux Etats-Unis, l’attaque contre la France est une agression contre un pays membre de l’OTAN. Par conséquent, en vertu du Chapitre VII du traité, cette attaque constitue une attaque contre chacun d’eux et implique une réponse coordonnée et solidaire.

 

L’admettre a plusieurs avantages : elle permet de transcender dans  l’immédiat les polémiques qui déchirent l’Union Européenne dans plusieurs dossiers directement connexes : ceux de l’immigration et des réfugiés, celui des négociations d’adhésion avec la Turquie, celui de la réforme de Schengen et de la sécurité des frontières extérieures ainsi que celui du « Brexit ».

 

Ce n’est pas la première fois que l’OTAN sert de bouclier et constitue une réponse crédible à un défi tel que celui lancé par l’Etat Islamique : ce défi intègre une dimension « nationale » où son barbarisme se déploie au détriment des populations qu’il a subjuguées et une dimension « internationale » où il s’emploie à déstabiliser de l’intérieur la société de pays tiers, notamment ceux où il y a une forte minorité musulmane. Il mène sa « guerre » au nom d’une idéologie fascisante et perverse qui instrumentalise et dévoie totalement leur religion et vise à faire se dresser les communautés religieuses et/ou ethniques les unes contre les autres.

 

Cette situation fait penser à celle qui existait après la deuxième guerre mondiale (la guerre froide)  où l’Union soviétique a cherché, outre son « occupation » des pays satellites, à déstabiliser les démocraties d’Europe occidentale au travers des partis communistes nationaux entièrement à sa dévotion et bénéficiant d’un soutien appuyé d’une partie des intelligentsias locales. C’est au travers d’efforts de longue haleine, soutenus par un retour à la prospérité, l’extension progressive des libertés et la libéralisation de l’information que le danger a été écarté ; il en sera de même pour intégrer/assimiler harmonieusement les communautés diverses qui se sont installées dans nos pays et ainsi juguler la menace venant de l’intérieur.

 

Initier une réponse « militaire » menée par l’OTAN, en étroite collaboration avec la Russie, l’Iran et le gouvernement de Bechar al Assad, permettrait de mobiliser dans les meilleurs conditions les moyens nécessaires pour éradiquer physiquement l’ennemi N°1 à savoir l’Etat Islamique. Cette coalition, apparemment contre-nature, serait pleinement justifiée à l’aune de celle qui rassembla tous ceux qui s’étaient ligués contre le national-socialisme et le fascisme au cours de la deuxième guerre mondiale.

 

Si une victoire militaire rapide ne fait guère de doutes, comme l’ont démontré les deux interventions conduites par les américains en Irak, c’est la gestion d’une paix imposée de l’extérieur qui devra faire l’objet d’une attention particulièrement réfléchie et qui tienne compte des leçons pénibles d’un passé récent. Elle devrait être l’occasion de s’adresser aux problèmes fondamentaux qui ont fait du Moyen-Orient une poudrière dont ses habitants sont les premières victimes.

 

Parmi les conflits à résoudre, citons celui du conflit Israélo-palestinien, celui des guerres de religion opposant musulmans Shiites et Sunnites avec leurs conséquences sur les minorités religieuses chrétiennes mais aussi d’autres obédiences, ou encore ceux qui découlent des partages territoriaux arbitraires imposés par les grandes puissances au cours du XXème siècle et dont le morcellement de la population kurde constitue l’exemple emblématique.

 

Le retour à la paix ne se fera pas contre les populations mais en donnant à la grande majorité une perspective d’un développement économique, social et culturel répondant à leurs aspirations légitimes. Un tel programme implique une mobilisation de fonds très importants.  Les ressources locales – heureusement énormes grâce aux richesses minérales -  doivent évidemment y contribuer très largement mais les pays occidentaux doivent y participer significativement car ils y trouveront leur intérêt : le retour à la paix dans la région désamorcera le problème des réfugiés permettant le retour de la plupart d’entre eux pour reconstruire leurs pays dévastés ; le chantage exercé par la Turquie dans ce dossier n’aurait plus d’objet (ce qui n’exclut pas un soutien de l’Union) ; les ressources exceptionnelles (militaires, policières, judiciaires, etc.) déployées pour faire face à l’urgence absolue créée par les activités terroristes pourront être progressivement ramenées à des niveaux plus normaux. Enfin, les conditions d’un retour à une croissance économique plus vigoureuse seront en place, initiant un cercle vertueux propice au développement et apte à rencontrer les défis planétaires du climat, de la démographie, de la santé etc.

 

En conclusion, les terribles évènements de ces derniers jours devraient provoquer un sursaut salutaire qui permette la réévaluation d’un ensemble de questions vitales hors du cadre mesquin dans lequel des considérations politiciennes les ont progressivement enfermées. Ce devrait être l’occasion d’une réelle refondation de l’Union Européenne dont la nécessité  s’imposerait à la grande majorité de ses citoyens. Ainsi seraient enterrées les velléités nationalistes (y compris le Brexit) ; une gouvernance européenne réactualisée, où s’applique la subsidiarité, imposerait au niveau de l’Union une gestion des pouvoirs régaliens dont l’exercice au plan national n’est, dans le monde actuel, qu’une posture sans substance réelle.

 

Bruxelles, le 16 novembre 2015

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité d’Orientation de l’Institut Thomas More.

 

 

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