Les Etats-Unis et la Chine devraient intensifier leur campagne  pour maintenir la cohésion de l’Union Européenne !

 

 

Durant sa récente visite en Angleterre, Xi Jinping a exprimé sans ambages son souhait de voir la Grande-Bretagne demeurer au sein de l’UE. Cet appel renforce les recommandations formulées aussi par le Président Obama. Il n’est donc pas surprenant que David Cameron ait vigoureusement défié les défenseurs du Brexit d’apporter la démonstration des avantages qu’apporterait un retrait de l’Union. Ce nouveau plaidoyer, d’une force inattendue, est accompagné d’une mise en garde affirmant qu’un vote pour le Brexit serait irréversible, fermant ainsi la porte à toute possibilité de renégociation.

 

Cette attitude franchement « pro UE » du Premier Ministre doit être interprétée avec discernement : au lieu de constituer un appui résolu aux avantages de l’Union (il a souvent souligné sa neutralité à cet égard), ce changement de cap est plus probablement un signe de panique face aux doubles dangers que présentent les possibilités d’isolement de l’Angleterre et de sécession de l’Ecosse. Etant un joueur passable de poker menteur, le PM tente ainsi de négocier une main faible contre des concessions significatives qui devraient lui être accordées en récompense de son apparente posture europhile. Il compte aussi sur la faiblesse de ses partenaires qui sont divisés : la récente victoire du parti eurosceptique polonais de droite et les avancées annoncées du Front National au scrutin de décembre prochain, le confortent dans sa conviction qu’il peut avoir le beurre et l’argent du beurre !

 

Les négociateurs européens ne devraient pas tomber dans ce piège ! Que l’Union doive se réformer est incontestable. Par contre, tout accord avant le referendum portant sur des amendements à la législation existante ou sur de futures modifications du traité, doit se limiter à des changements dans l’intérêt de l’ensemble des Pays Membres ; il doit impérativement exclure tout « protocole » ou accords similaires qui préempteraient les réformes contenues dans une révision des traités à venir. Accorder à la Grande-Bretagne des droits l’exonérant de certaines obligations du traité (selon le modèle danois) serait tolérable (quoique peu recommandable) mais lui conférer le droit de limiter ceux d’autres Membres à exercer leur pleine souveraineté serait inadmissible.

 

L’UE devrait, par conséquent, intégrer dans sa stratégie la faiblesse du jeu anglais qui risque d’être le grand perdant en cas de Brexit, comme l’a d’ailleurs implicitement reconnu le PM. Contrairement aux rumeurs qui circulent, la « task force » chargée de la préparation des négociations devrait non seulement éviter de chercher à marginaliser le rôle du Parlement Européen dans ce processus mais plutôt tout faire pour favoriser son implication. La multiplication des lignes de fracture entre les Etats Membres, qu’elles soient causées par le Brexit, la crise de l’immigration, la gouvernance de l’Eurozone, l’agenda climatique (opposé par le future gouvernement polonais), le terrorisme ou encore un des nombreux conflits géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, Afrique, etc.), démontre la nécessité impérative d’œuvrer vers une intégration plus poussée. L’UE ne peut s’offrir le luxe de traiter ces questions comme si elles n’étaient pas étroitement liées.

 

Dans ce contexte, plutôt que de s’aplatir devant les exigences britanniques, l’UE devrait saisir cette occasion unique de convaincre David Cameron que sa meilleure option est de rejoindre l’Union Economique et Monétaire plutôt que de rechercher la protection d’un accord contraignant « inacceptable » qui paralyserait tout tentative future d’intégration (« une Union toujours plus étroite ») et qui sèmerait les prémices de son effondrement inéluctable. Par contre, comme membre de l’UEM, la prépondérance de la Grande-Bretagne sur les marchés financiers européens– y compris la future « Union des Marchés de capitaux » qui du coup deviendrait un projet valable - serait inattaquable car basée sur sa compétitivité supérieure. Le Royaume-Uni pourrait alors assumer tout naturellement le leadership dans la relation sino-européenne à laquelle il aspire tout en confortant sa position de trait-d’union dans le partenariat transatlantique.

 

Un tel résultat serait très clairement dans l’intérêt tant des Etats-Unis que de la Chine, sécurisa          nt leur accès à un marché de 550 millions de citoyens qui demeure encore à l’heure actuelle le plus riche du monde. La Chine a désespérément besoin d’un partenaire puissant et fiable à l’autre extrémité de son projet pharaonique de « nouvelle route de la soie » ; les Etats-Unis sont investis lourdement en Europe depuis la deuxième guerre mondiale et redoutent la fragmentation du marché subséquente à une implosion de l’UE qui mettrait en péril la viabilité de nombre de ses implantations.

 

Un aperçu de l’enjeu ressort de la possibilité mentionnée par Goldman, Sachs de relocaliser une partie de ses opérations sur le continent en cas de Brexit. Un tel déplacement ne serait évidemment envisageable qu’au cas où les 27 membres restant renforceraient leur intégration, rendant impérative une présence accrue des banques d’affaires américaines au sein de l’UEM. Si, par contre, le Brexit agissait comme aiguillon poussant d’autres pays à quitter l’UE, alors, face à un continent progressivement de plus en plus fragmenté par le rétablissement des frontières et des monnaies nationales, Goldman, Sachs serait plus enclin à rapatrier l’ensemble de ses activités européennes à New York, redéployant ses activités internationales vers la zone Asie-Pacifique à laquelle les Etats-Unis ont déjà tendance à se tourner.

 

La Chine et les Etats-Unis ont donc un intérêt vital à promouvoir l’intégration européenne qui ferait de l’Union un partenaire essentiel à la fois sur le plan économique et politique. Un démembrement de l’UE causerait un cataclysme d’une ampleur bien plus grande que la grande dépression des années 1930 ou la crise financière de 2008. Le renforcement de l’UE dans un monde multipolaire a d’énormes implications pour l’économie mondiale et des conséquences directes sur l’amélioration de la sécurité et du bien-être de ses populations ; son implosion aurait des résultats diamétralement opposés.

 

A la lumière des tensions manifestes qui existent entre les 28 pays membres de l’Union, les parties prenantes aux Etats-Unis et en Chine ne devraient pas limiter leurs conseils à la prévention du Brexit mais devraient promouvoir vigoureusement l’intégration européenne dans leur propre intérêt. Cette forme de pression extérieure serait un argument de poids dans le combat contre les forces régressives du national-populisme qui fleurissent dans un nombre croissant de Pays Membres et qui constituent très probablement la plus grande menace conduisant à l’effondrement final de l’Union.

 

Lorgues, le 27 novembre 2015

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité d’Orientation de l’Institut Thomas More.

 

 

 

 

 

 

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