Le Brexit et l’Euro

 

Comme on pouvait s’y attendre, le Sommet Européen a livré un communiqué ambigu sur le désir commun et évident de trouver une solution visant à éviter le Brexit. Si la bonne volonté des parties ne fait guère de doute, aucune piste ne semble en vue pour rapprocher les positions concernant les demandes britanniques susceptibles d’affaiblir certains des principes qui forment le socle des traités de l’Union (liberté de mouvement des personnes et droits associés et primauté du droit européen sur les législations nationales) d’une part et, de l’autre, d’accorder aux pays non-membres de l’UEM des droits qui limiteraient ceux de ses participants.

 

Les clivages qui existent entre Pays Membres sont d’ailleurs différents suivant qu’il s’agit de l’une ou l’autre de ces problématiques, ce qui compromet la conclusion d’un accord global et rend la tactique de négociation de David Cameron de « diviser (et bluffer) pour mieux régner » largement inopérante.

 

Dans le but de désamorcer la controverse qui entoure la cohabitation de l’UEM avec les intérêts des pays qui n’en font pas partie, il serait judicieux de sortir cette question du périmètre des négociations directes avec la Grande-Bretagne pour la renvoyer dans le cadre du FMI, en intégrant cette problématique particulière dans celle de la stabilité du système financier international.

 

Partant de la récente décision d’intégrer le Yuan parmi les monnaies de référence composant les DTS, et conscient des dangers pour l’économie mondiale d’une « guerre des monnaies », ne serait-il pas utile de réunir, sous les auspices du Fond Monétaire, les gouvernements et banques centrales représentant les monnaies du panier (USD, €, YEN, £, et Yuan) pour s’accorder sur des règles/code de conduite visant à empêcher des pratiques discriminatoires qui attenteraient aux intérêts des participants collectivement ou individuellement ou à ceux des marchés en général..

 

Dans un tel cadre, la Grande-Bretagne pourrait trouver la protection qu’elle recherche sans lui conférer au sein de l’UE des droits spécifiques qui limiteraient de façon unilatérale (et inacceptable) la nécessaire liberté d’action des autorités économiques et monétaires de l’Eurozone.

 

Ce découplage des questions monétaires dans la recherche d’un compromis, permettant le maintien de la Grande-Bretagne au sein de l’Union, faciliterait grandement les négociations, tant il est vrai qu’il est difficile d’imaginer des compromis « donnant-donnant » qui mettent en jeu quel qu’attribut que ce soit de la souveraineté monétaire qu’il s’agisse de l’€ ou de la Livre Sterling.

 

Au moment où la poursuite de l’intégration de l’Eurozone constitue une nécessité absolue à la survie de la monnaie unique, l’acceptation par le Royaume-Uni d’une telle approche serait aussi la démonstration qu’il ne cherche pas à protéger par la bande des intérêts purement nationaux (la City) ; ceci, notamment dans la perspective où l’adhésion à l’Euro des autres Membres, qui y sont tenus par le traité, rendraient inopérantes les dispositions transitoires de vote à la double majorité qui leur offrent une certaine protection limitée dans le temps.

 

En augmentant les chances d’un accord évitant le Brexit, le R.U. contribue dans son propre intérêt à la consolidation de la monnaie unique. En effet, l’implosion de l’€ entraînerait, aussi sûrement que le rétablissement des frontières internes de l’Europe mentionné par le Président Juncker, la désintégration définitive de l’Union, rendant une fois pour toutes caduques les négociations sur un éventuel accord entre l’Union et la Grande-Bretagne après sa sortie. Les dommages ainsi infligés tant à l’économie du continent qu’à celle de la Grande-Bretagne et  ses effets planétaires, d’une ampleur égale sinon supérieure à la crise des années 1930, auraient des conséquences géopolitiques profondes dont l’Europe dans son ensemble aurait les plus grandes difficultés à se relever.

 

Bruxelles, le 18 décembre 2015

 

Paul N. Goldschmidt

 

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité d’Orientation de l’Institut Thomas More.

 

 

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