Faut-il choisir entre Sécurité et Stabilité ?

 

 

La phrase « Le Pacte de Sécurité doit prévaloir sur le Pacte de Stabilité ! » énoncée par le  Président Hollande à Versailles a fait mouche auprès d’un auditoire largement déboussolé.

 

Loin de moi l’idée que la sécurité n’est pas prioritaire mais depuis quand la « stabilité » ne fait-elle plus partie des éléments essentiels de la sécurité ? On dira que je suis de mauvaise foi et que le Président ne faisait référence qu’au « Pacte de Stabilité » imposant des règles budgétaires contraignantes aux pays membres de l’UEM et ne visait aucunement la stabilité du corps social; dans ce cas il devrait se souvenir que ce pacte est celui de la « Stabilité et de la Croissance » (à la demande expresse de la France) ; je ne pense pas qu’il voulait nécessairement faire passer la sécurité avant la croissance, cette dernière, tout comme la stabilité, étant à terme un gage important de la première.

 

Le danger avec l’approche « populiste » et superficielle adoptée aujourd’hui par le Président est de fragiliser encore d’avantage la cohésion de l’UEM ; ceci démontre, une fois de plus, l’urgence de compléter son intégration. Ce plaidoyer, venant précisément d’un pays qui n’a pas respecté les équilibres budgétaires convenus, apparaît comme une excuse à peine voilée de s’arroger unilatéralement  le droit d’ignorer les clous budgétaires et de s’exonérer des engagements solennels souscrits.

 

Ce faisant, le Président remet en question la pérennité de la monnaie unique et donc la sécurité non seulement de la France mais aussi de l’UEM/UE. Il est évident qu’en reprenant sa liberté budgétaire la France alimente les tiraillements qui s’accentuent de jour en jour entre pays membres, que ce soit dans les dossiers de l’immigration, des accords de Schengen, de la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux ou encore du Brexit.

 

Il n’est pas question de priver la France des moyens d’assurer sa sécurité mais, ce problème n’étant clairement soluble qu’à l’échelon européen, les pays Membres de l’UEM doivent s’accorder - enfin - sur la nécessité de doter l’Eurozone d’un budget conséquent. Un des objectifs serait de pouvoir financer les dépenses extraordinaires découlant de la menace terroriste qui pèse sur l’ensemble des Membres (éventuellement par des emprunts garantis par ce budget), tout en insistant sur le respect des contraintes budgétaires au niveau national de façon à garantir la stabilité financière, condition incontournable de la sécurité.

 

C’est une politique de ce type qui a été menée par le gouvernement fédéral américain à la suite de la crise financière de 2007/8. C’est en effet le gouvernement fédéral qui fait exploser son déficit, lui permettant de soutenir les Etats fédérés alors que ceux-ci étaient priés de maintenir l’équilibre de leurs budgets respectifs. Elle a permis une sortie de crise bien plus rapide qu’en Europe ou les séquelles de la crise financière, abondée en 2010/11 par celle de la dette souveraine, continue à freiner considérablement la reprise.

 

 

Reprendre sa « souveraineté » budgétaire, en violation flagrante des obligations librement souscrites par les pays membres, ne peut que fragiliser d’avantage la construction de l’UEM/UE et alimenter les discours des partis nationaux-populistes. Ces derniers sont les principaux bénéficiaires de la portée du slogan adopté par le Président qui conforte leurs thèses.

 

Le moment approche très rapidement où le choix de « plus d’Europe » ou de son démantèlement va se poser de façon très concrète. Le repli sur soi ne conduira qu’à une crise économique d’ampleur planétaire qui viendra se superposer à celle dont nous subissons encore les effets. Elle aura toutes les chances de déboucher sur des conflits militaires et civils ainsi que sur des remous sociaux qui compromettront lourdement la sécurité des populations que – en tous cas en Europe – les Etats individuels n’ont plus les moyens d’assurer.  

 

N’abandonnons pas si facilement les acquis incontestables des 70 dernières années et reconnaissons qu’une mise en commun de certains aspects supplémentaires de notre souveraineté est le prix à payer pour sauvegarder les valeurs et les attributs de la civilisation à laquelle nous tenons.

 

Bruxelles, le 24 novembre 2015

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité d’Orientation de l’Institut Thomas More.

 

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