François Hollande et l’Education :

Un Rendez-vous Manqué.

 

  Le discours d’Orléans du candidat socialiste à la Présidence sur l’éducation se voulait marqueur, incisif et porteur d’espoir. Il a été ennuyeux, pétri de lieux communs, articulé autour d’une remise en cause systématique de quasi toute la structure existante et – contrairement à l’esprit de transparence dont il se targue – cachant aux français la vérité sur la portée, le coût et l’impact des mesures proposées.

 

Bien sûre, il faut se réjouir qu’après tant d’autres qui, depuis une décennie, ont diagnostiqué l’importance de l’éducation comme facteur prioritaire dans une « économie mondialisée de la connaissance », le candidat socialiste en fasse « le cœur de sa campagne » qui ambitionne de redonner de l’espoir à la jeunesse du pays.

 

S’il faut applaudir la détermination d’accorder à l’éducation la priorité et donc les moyens indispensables, il faut en même temps reconnaître que ce choix de société implique des sacrifices sur le court et moyen terme qui s’ajouteront à ceux nécessaires pour redresser le pays.

 

François Hollande constate (correctement) que les difficultés d’apprentissage scolaire qui ne sont pas traités dés les premiers stades, sont largement irrattrapables. Il s’engage prioritairement à une concertation dès cet été suivie d’une loi cadre à l’automne, visant à réformer fondamentalement l’enseignement maternel et primaire et à rétablir les stages de formation.

 

Mettons les choses au mieux : dans deux ans les premiers nouveaux enseignants « formés » seront à pied d’œuvre et les enfants qui naîtront lors de la première année de la mandature seront les premiers à profiter de cette initiative. Ils entreront sur le marché du travail – avec les meilleures chances d’épanouissement - alors que le candidat aura terminé depuis au moins 8 ans (15 pour les universitaires) un hypothétique deuxième mandat ! Un tel calendrier – très optimiste – est cohérent avec l’expérience de pays comme la Corée du Sud à laquelle il a fallu près de soixante ans (trois générations) pour récolter les fruits d’une politique faisant de l’éducation sa priorité, mais il est vrai qu’elle partait en 1955 d’un niveau sensiblement  moins élevé, se  trouvant à l’époque à un stade comparable à la Tanzanie et au Niger. Aujourd’hui, avec une détermination sans faille, la France peut donc envisager de combler son retard en une seule génération.

 

Quant à la « concertation » dont le succès repose sur l’hypothèse d’une vision partagée par les enseignants visant l’instauration d’une instruction publique « républicaine » où l’intérêt de l’élève prime sur tout autre, le candidat entend-il négocier exclusivement avec les syndicats (dont les objectifs statutaires sont autres) ou bien élargir le débat aux compétences académiques (cursus), pédagogiques, médicales (rythmes scolaires) etc. ? Est-il prêt à la confrontation pour imposer ses idées ?

 

La conclusion d’un tel débat doit conduire, comme le souhaite le candidat, à une « refondation » de l’instruction publique ce qui aura nécessairement un coût élevé et dont partie doit être consacrée à une revalorisation du métier d’enseignant. Il est inacceptable de faire croire aux français que l’investissement nécessaire pour effacer le « déficit » accumulé de l’éducation peut se réaliser à l’horizon d’un ou même deux quinquennats. Le coût immédiat de ces réformes prioritaires doit donc être imputé au budget courant, limitant d’autant la capacité du futur gouvernement de rencontrer les autres priorités, qu’il s’agisse de l’assainissement budgétaire, de la réduction de l’endettement ou de la ré industrialisation du pays dont la nécessité à court terme est tout aussi incontournable.

 

Il n’y a pas de doute que de nombreux parents (électeurs) de gauche comme de droite sont prêts aux sacrifices nécessaires pour assurer un avenir meilleur à leurs enfants et que de ce point de vue les propositions du candidat ont du mérite à condition qu’il ait le courage d’être totalement transparent sur les enjeux et d’offrir ainsi à l’électeur un vrai choix et d’en faire l’objet du « referendum » que constitue l’élection présidentielle qu’il appelle de ses vœux.

 

Lorgues,  le 10 février 2012

 

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre de l’Institut Thomas More.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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