Sommes-nous vraiment tous Charlie ?

 

La réaction spontanée et quasi unanime aux évènements dramatiques de ces derniers jours en France, symbolisée par le slogan « Je suis Charlie », démontre la capacité de l’opinion publique – souvent dénigrée - de réagir à bon escient et avec maturité.

 

Le choix du slogan, qui renvoi à l’érection du mur de Berlin (Ich bin ein Berliner) ou aux attaques du 11 septembre (We are all Americans) est particulièrement approprié. Il souligne qu’au-delà d’un lieu avec lequel il est relativement aisé de s’identifier, la défense de valeurs communes peut également être une force puissamment  mobilisatrice dès lors que la jouissance de droits fondamentaux, que nous avons tendance à considérer comme allant de soi, est mise en péril.

 

Cette identification – contagieuse – impose cependant à tous ceux qui se l’approprient une réflexion sur sa signification. Il est aisé de proclamer son attachement à la liberté d’expression et de la presse, de souscrire aux principes de la démocratie, de rejeter les discriminations basées sur la race, la nationalité ou la religion, sachant que seule une petite minorité se trouvera confrontée dans la vie courante à une situation où il faudra se compter. Descendre dans la rue c’est bien mais loin d’être suffisant !

 

Les évènements dramatiques de ces derniers jours et la mobilisation citoyenne qu’elle engendre offrent une opportunité unique de reconsidérer comment appréhender la longue liste de problèmes qui confrontent notre société et l’Union Européenne en particulier : terrorisme, réchauffement climatique, intégration européenne, Grèce, Ukraine, DAESH, développement, Euro, chômage, immigration, etc. Il convient de vérifier si les solutions proposées sont cohérentes avec les valeurs dont nous redécouvrons l’importance dans la douleur. Cette approche salutaire peut transformer l’ambiance morose - sinon défaitiste - qui prévaut aujourd’hui en une force qui galvanise le citoyen et encourage sa participation dans les efforts indispensables demandés.

 

Ainsi, l’appel à l’ « unité nationale » du Président Hollande, entendu par la très grande majorité des partis politiques, des associations professionnelles, culturelles ou religieuses ainsi que de l’opinion publique française en général ne doit en aucun cas  servir à justifier un repli sur soi et le rejet de l’autre. Les manifestations de soutien qui s’expriment par la présence dimanche de nombreux leaders politiques européens à la « marche républicaine » à Paris ne se limitent pas à une expression de sympathie pour le deuil qui frappe la France. Bien plus, il s’agit de donner un nouveau contenu au principe de solidarité entre les pays membres de l’Union tant il est  évident que le renforcement de  la coopération à ce niveau est la condition sine qua non de la préservation des valeurs dont le spectre de la perte a créé une onde de choc hautement salutaire dans toute l’UE et au-delà.

 

Sur le plateau de RTL, le journaliste Jean Quatremer de Libération a brillamment exposé vendredi tout l’intérêt d’une coopération européenne renforcée en matière de lutte contre le terrorisme, réactualisant l’idée de créer un « FBI » européen. La pertinence de la proposition s’appuie à l’évidence sur le contexte actuel. Cette logique devrait pourtant s’appliquer mutatis mutandis a un grand nombre d’autres dossiers tels que l’immigration, la politique énergétique, le parachèvement de l’UEM, le renforcement d’une politique étrangère et de défense commune, etc., dossiers qui s’interpénètrent profondément et qui se trouvent souvent bloqués par les intérêts égoïstes de l’un ou l’autre Pays Membre.

 

Si nous ne sommes pas prêts à sacrifier certains de nos privilèges nationaux dans l’intérêt d’une société plus solidaire au niveau européen, alors nous ne pourrons pas lutter efficacement  pour la préservation de nos valeurs fondamentales et la prétention « d’être tous Charlie » sera une simple posture dénuée de tout contenu.

 

Bruxelles, le 11 janvier 2012 

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité d’Orientation de l’Institut Thomas More.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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