Solutions pour la Région Bruxelles Capitale et (?) BHV

 

Quoique porteur d’une idée très créative, le titre de l’article de Jacques Autenne : « Berlin-Ouest comme solution à BHV » dans la Libre Belgique du 21 mai est regrettable car il fait immanquablement penser à la « guerre froide », ce qui est à l’opposé du climat d’apaisement dont notre pays a tant besoin. Elle risque donc de ne pas recevoir toute l’attention qu’elle mérite.

 

Ceci étant, et par pure coïncidence, j’élaborais une idée similaire lorsque cette proposition voit le jour. La différence essentielle entre les deux schémas est  de remplacer les seuls « couloirs » routiers et ferroviaires qui traverseraient le « territoire flamand », par la « fédéralisation » de la Forêt de Soignes.

 

Les avantages d’une telle solution sont multiples :

 

Il s’agit d’un bien collectif qui peut être considéré comme un joyau du patrimoine national puisqu’il empiète sur chacune des Régions. Le transfert ne se fait  au «profit » d’aucune des régions mais au profit de tous les citoyens belges. La fédéralisation ne porte que sur les terrains appartenant aux communes/régions, les habitations et terrains privés restant attachés à leurs communes respectives. Il n’y a donc pas de perdants, du moins en ce qui concerne la perception du citoyen ordinaire, ce qui est le critère qui devrait prévaloir.

 

Comme il n’y a pas de conséquences sur le statut ou la vie privée du citoyen, dont les droits ne sont pas affectés, cela devrait permettre de négocier les détails de la proposition indépendamment de la satisfaction/acceptation d’autres revendications/concessions à l’agenda de la réforme institutionnelle.

 

La région Bruxelles Capitale se trouve définitivement désenclavée. Cette alternative doit permettre de décrisper la recherche d’une solution consensuelle pour résoudre le problème de BHV et faciliter l’ensemble des négociations institutionnelles.

 

La gestion de la forêt serait confiée au Gouvernement fédéral qui en assumerait les coûts et les revenus. Il lui incomberait également la charge de l’entretien des voies de communication qui la traversent et la longent (sections de : la chaussée de Waterloo, Drève de Lorraine, Drève des Gendarmes, Chaussée de la Hulpe, N3, RO et N275). L’ensemble forme un seul bloc avec au sud-est, en excroissance,  l’incorporation de la E411 entre Jesus Eik et la frontière du Brabant flamand et Wallon (Km 14).

 

Il ne devrait pas y avoir d’importantes questions de pertes/gains de revenus financiers pour les Régions et Communes concernées qui ne puissent être résolus avec la bonne volonté de tous.

 

L’élégance de la solution évite de donner à la Région Bruxelles Capitale l’apparence d’une forteresse assiégée qui est aux antipodes des valeurs de l’Union Européenne et qui est la principale réticence que j’ai à l’égard de la proposition de Jacques Autenne.

 

Une telle proposition est un test de la bonne foi de toutes les parties concernées. Elle est de nature à apaiser considérablement le climat politique tendu et à permettre (enfin) aux divers niveaux de Gouvernement de s’atteler aux réelles préoccupations des citoyens. Par contre, le rejet unilatéral, par l’une des parties prenantes, d’un tel type projet (dont les détails peuvent bien sûr être affinés), devrait être interprété comme un signal clair qu’il n’y a rien à attendre de concret d’un paquet institutionnel dans le cadre d’une Belgique Fédérale. Chacun devra alors en tirer toutes les conséquences.

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.)

 

Bruxelles, le 22 mai 2008