Commentaire sur le livre de Mark Eyskens :

 

« Le nationalisme ou le recul de l’Histoire »

(Éditions avant-propos)

 

 

Cette remarquable fresque sur un sujet brûlant d’actualité s’adresse en premier lieu aux citoyens belges, mais devrait aussi interpeller tout citoyen européen soucieux de son avenir. Ecrit dans un style très pédagogique avec une grande objectivité et une simplicité qui n’enlève rien à la précision de l’argumentaire, ce livre montre à quel point les problèmes du microcosme belge, où s’affrontent les thèses fédéralistes et nationalistes, sont pratiquement directement transposables à l’Union Européenne.

 

L’auteur démontre la nécessité d’instaurer un « fédéralisme de coopération » comme seule option valable pour les « Etats Nations », devenus soit trop petits soit trop grands pour apporter des solutions efficaces aux besoins quotidiens des populations. Cela vaut autant pour la Flandre en Belgique que pour la Belgique en Europe.

 

La litanie des obstacles à la création d’une Flandre « indépendante » ainsi que l’analyse fouillée des conséquences négatives qu’elle engendrerait doit convaincre tout lecteur impartial de l’inanité d’une telle démarche.

 

Ceci dit, il y a deux questions que j’aurais aimé voir développer : la première concerne les implications d’une extension du raisonnement du niveau belge à celui de l’Europe et la seconde, les conséquences d’un échec d’un fédéralisme européen sur les perspectives du maintien de l’unité de la Belgique.

 

En ce qui concerne le premier point,  les arguments qui militent en faveur d’une structure fédérale européenne me semblent se poser avec la même acuité sinon avec encore plus d’urgence. En effet, la structure « fédérale » de la Belgique lui a conservé de nombreux attributs qui manquent encore cruellement à l’UEM, notamment un budget significatif (redistribution), des ressources propres (impôts fédéraux) et une capacité d’emprunt autonome (dette souveraine/eurobonds). Si de tels attributs/pouvoirs étaient transférés à l’Europe – condition sine qua non à la pérennité de la monnaie unique – alors doit automatiquement se poser la question du maintien d’une structure fédérale également au niveau d’un Etat Membre : ayant en Belgique, au nom de la subsidiarité, déjà transféré de nombreux pouvoirs vers le bas aux « Régions », il apparaît difficile d’entamer un processus semblable vers le haut à l’ « UEM », sans vider de toute substance réelle le pouvoir fédéral subsistant.

 

Il est d’ailleurs fait  allusion à la position de Bart de Wever « qui n’est pas sans fondement », de promouvoir une sorte d’Europe des Régions, mais l’auteur au point 11 de son analyse des coûts et bénéfices du séparatisme (p.114) mentionne, par contre, la réticence de nombreux Pays Membres à se disloquer.

 

Cette dernière constatation m’amène au deuxième point : s’il s’avère impossible d’instaurer dans l’UEM une structure fédérale - pour parachever sa construction par un volet fiscal permettant une issue à la crise économique et financière - alors l’implosion de  l’Euro et de l’UE deviennent plausibles.

 

Dans ce contexte où, de façon quasi improvisée, chaque Etat Membre reprendrait sa souveraineté, il deviendrait possible d’imposer la séparation de la Belgique. En effet, c’est seulement dans la situation chaotique créée à l’occasion de la réintroduction de monnaies nationales, accompagnée de mesures drastiques de contrôle des changes et d’autres mesures d’exception, que s’ouvrirait la possibilité de surmonter des obstacles, aujourd’hui dirimants, tels que la répartition de la dette souveraine, la rupture de la solidarité interpersonnelle ou encore la reconnaissance internationale.

 

C’est pour cette raison que l’enjeu des élections de mai prochain est crucial, en particulier celui des élections européennes. Si, comme on peut le craindre, les partis nationalistes et populistes vont capitaliser sur le désamour de l’électeur pour l’UE, devenue bouc émissaire de tous les partis pour excuser leur propre incapacité à juguler la crise, alors, comme l’écrit Marc Eyskens (page 80), « Il est plus que probable qu’à ce moment, mais malheureusement trop tardivement, pas mal de citoyens commenceraient à regretter d’avoir donné par le passé leur confiance aux partis confédéralistes, mais crypto séparatistes, qui promettaient un avenir radieux pour leur région grâce à une autonomie de plus en plus grande ». (Ce texte s’applique mutatis mutandis aux partis nationalistes et populistes dans tous les pays de l’Union).

 

C’est pourquoi, je suspecte la NVa d’avoir un faux nez en se présentant comme pro européenne, car c’est seulement dans le démantèlement de l’Union qu’elle atteindra son but.

 

En conclusion, j’appuie sans réserve le plaidoyer de l’auteur en faveur d’un fédéralisme de coopération. Reste à déterminer dans le contexte belge comment harmoniser cet objectif avec celui d’une Union Européenne également fédérale.

 

Bruxelles, le 8 décembre 2013

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité Consultatif de l’Institut Thomas More.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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