La Crise Belge

Propos iconoclastes et politiquement incorrects !

 

 

Je suis parfaitement conscient de ce que certaines des suggestions ci-dessous seront considérées comme potentiellement « dommageables » pour le pays, mais, après mûre réflexion, j’ai pensé que le risque en vaut la peine.

 

En effet, le dernier épisode du malheureux feuilleton qu’on nous inflige a, une fois de plus, des relents de basses considérations politiciennes, plutôt que d’un effort constructif pour sortir de la crise. Ainsi, la prolongation – dans la douleur – du mandat de l’Informateur royal et dans la foulée, les commentaires pessimistes sur ses chances de succès, font clairement ressortir que le but des soi-disant « partenaires ouverts à la négociation » est, avant tout, de mouiller Didier Reynders pour que la famille libérale soit « à parité » d’échec avéré avec la NVA, le PS et la SPA, en cas de plus en plus probable d’un retour aux urnes.

 

Devant ce spectacle désolant, il n’y a qu’une bonne nouvelle : la mobilisation estudiantine. Se pourrait-il que les événements au Moyen-Orient fassent soudainement peur aux politiciens, comme aux représentants d’autres régimes ossifiés, en place depuis trop longtemps ? Ils doivent se poser la question de savoir si la jeunesse, dont l’ouverture d’esprit et la familiarité avec l’usage des communications électroniques, n’est pas en passe de constituer un réel défi au monopole de leur  « Pouvoir » qui a transformé petit à petit la Belgique en une « particratie » ingérable au profit des citoyens, quoique très lucrative pour les élus.

 

Il faut, à tout prix, encourager ce nouvel élan et lui donner un objectif très précis : s’assurer que si des élections – dont personne ne veut (surtout pas les élus) – deviennent incontournables, alors qu’au moins un sérieux coup de balai soit donné dans la « confection » des listes laissant dans chaque parti démocratique une large place à de nouveaux et plus jeunes visages. A défaut d’engagements précis en ce sens, la jeunesse devrait proposer des listes électorales (bilingues ?) concurrentes qui constitueraient une vraie alternative, capitalisant sur le ras de bol évident du citoyen.

 

Le travail doit commencer immédiatement pour franchir les obstacles financiers et logistiques qu’un tel programme implique. On peut faire confiance aux jeunes pour surmonter ces difficultés en utilisant intelligemment les nouveaux réseaux sociaux qui, s’ils sont capables de mobiliser la population de pays encore sous-équipés, devrait faire merveille en Belgique.

 

Sur un tout autre plan, mais voulant aussi frapper les esprits dans chacune des Communautés, il faut susciter un engagement explicite de l’Union Européenne dans ce débat. On me dira que ce n’est pas à l’UE de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un Pays Membre mais, dans cette problématique spécifique, il ne s’agit pas purement des « affaires intérieures ».

 

La Belgique est Membre fondateur de l’Union; elle s’est engagée à respecter des engagements précis. Ces responsabilités ne peuvent être déléguées unilatéralement à des entités fédérées ou communautaires qui ne sont pas parties prenantes aux Traités, aucun lien juridique direct n’existant entre les Institutions Européennes et ses entités (sauf avec le Comité des Régions).

 

La Belgique aurait tort de penser que la question du siège est définitivement close : le Traité peut être modifié ! L’Allemagne, sur laquelle repose largement notre santé économique, serait ravie de trouver un remploi pour son immobilier vacant à Bonn depuis le déménagement du Gouvernement à Berlin. Bruxelles, siège actuel de l’Union, apporte de nombreux avantages économiques et financiers au pays tout entier. Ils ne doivent surtout pas être considérés comme des acquis et impliquent, à tout le moins, un respect irréprochable par la Belgique des engagements souscrits. Les 26 autres pays Membres, quelles que soient leur réticences compréhensibles à créer un précédent d’ingérence, ont un intérêt majeur dans les conséquences des événements qui secouent notre pays.

 

Il me paraît difficile que l’Europe admette une dérive « confédéraliste » d’un des ses membres qui est incompatible avec l’exécution de ses engagements.  La dévolution de responsabilités importantes aux entités fédérées réclamées, par les négociateurs belges, doit absolument tenir compte des devoirs du Fédéral envers l’Union, ce qui impose une hiérarchie claire des pouvoirs.

 

Dans la mesure où cet aspect des choses est complètement gommé dans les tractations en cours, j’appelle les Autorités européennes responsables (Conseil, Parlement, Commission, Cour de Justice, Cour des Comptes) à évoquer publiquement, chacune dans leur domaine  respectif et dans les formes appropriées, les obligations qui découlent pour la Belgique de la législation/réglementation européenne existante.

 

Le but poursuivi est d’éviter qu’un accord, conclu au plan national, se révèle inapplicable. La crise politique qui s’ensuivrait serait de toute évidence de nature à fragiliser encore d’avantage l’Union qui, dans cette période de crise, a d’autres priorités à gérer. Les conséquences négatives pour les citoyens, du nord comme du sud, seraient incommensurables laissant une « victoire à la Pyrrhus » à ceux qui l’auraient concoctée.

 

Si la NVA proclame haut et fort qu’elle ne lâchera jamais Bruxelles, cela n’engage nullement l’UE à faire de même. Devant cette problématique, tous les partis partagent la responsabilité de défendre les vrais intérêts de tous leurs électeurs.

 

Bruxelles le 17 février 2011 

Paul N. Goldschmidt

 

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre de l’Institut Thomas More.

 

 

 

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