Echange avec Monsieur Reynders

 

 

 

Monsieur le Président,

 

Votre courrier sous référence est le bien venu et clarifie les ambiguïtés que les commentaires (parfois orientés) des médias entretenaient concernant la position du MR. Cette position, pleine de bon sens, ne semble pas, à quelques nuances près, se distinguer fondamentalement de celle du Cdh, ce qui devrait bien augurer de la possibilité de trouver un accord entre partis francophones. Votre dialogue constant avec l’Open VLD devrait aussi faciliter les possibilités de trouver des terrains d’entente entre les communautés.

 

Ceci étant, il y a un aspect dans la communication où, tout en respectant le style de chacun, j’aimerais voir une attitude plus claire de la part du MR : il concerne l’exemple qui doit être donné quant à l’attachement sans faille aux PRINCIPES sur lesquels notre démocratie est basée. Sans en aucune façon mettre en doute votre attachement indéfectible à ces principes, je dois avouer avoir chaleureusement applaudi à l’attitude des Ecolos concernant leur refus de traiter avec le NVA ainsi qu’au courage de Madame Milquet de dire clairement « Non » à divers stades de la négociation, malgré des pressions des partenaires de l’orange bleue. (Le récent sondage du Soir démontre que cela a été politiquement payant).

 

Si, dans une démocratie, le séparatisme (comme le républicanisme, pacifisme etc..) sont des opinions qui ont droit de cité, il est indécent d’associer à un Gouvernement une faction politique ultra minoritaire (tous les sondages le montrent), qui monnaye sa participation à une majorité gouvernemental contre des réformes qui « doivent » constituer un pas dans la direction de la réalisation future de ses ambitions affichées. La mauvaise foi de ce parti a été démontrée lors de l’incident des drapeaux belges brûlés le 21 juillet dernier puisque ces faits ont été relayés par des liens informatiques (donc une démarche réfléchie et volontariste) reliant le site Webb du NVA à sa filiale (NVA jonge). Comment tolérer une participation à un gouvernement de Ministre(s) d’un parti qui cautionne de tels actes. L’accepter c’est s’incliner et donc tolérer pour l’avenir la répétition d’autres actes d’agression morale. Tout gouvernement auquel le NVA participerait sera d’évidence constamment sujet au chantage introduisant une instabilité structurelle supplémentaire qui renforcerait la dégradation de l’image du pays à l’étranger déjà sérieusement écorné.

 

Il convient de clarifier la distinction entre les attitudes concernant le « pragmatique » d’une part et le « symbolique » de l’autre. Si la nature des problèmes est différente, ils restent néanmoins inextricablement liés. Il y a quasi unanimité sur l’urgence de s’adresser aux problèmes sociaux économiques (pragmatiques) gelés par l’absence d’un gouvernement.  Il est, bien entendu, facile de se draper dans les habits du « défenseur des besoins immédiats des gens », comme ne cesse de le répéter, à en devenir lassant, Monsieur di Rupo. Il ne faut pas, cependant, tomber dans le piège d’acquiescer à cette nécessité (reconnue par tous) au prix de concessions, fussent-elles symboliques, en accordant le « bénéfice du doute » au cartel CDNV-NVA quant à sa bonne foi sur le plan institutionnel. Trop d’éléments objectifs viennent contredire cette position comme le vote sur BHV, le refus de nomination des Bourgmestres et plus récemment les manœuvres politiciennes concertées entre les membres du cartel, associées à la démission du formateur, visant à rejeter sur le Cdh l’échec des négociations.

 

Il est compréhensible (mais seulement dans de strictes limites) que, comme tête de la famille politique la plus importante du pays, vous estimez devoir faire preuve de réserve dans la mesure où il pourrait vous incomber la tâche de rassembler les citoyens autour d’un projet de Gouvernement. Vous avez la responsabilité difficile de rechercher un compromis, sans tomber dans la compromission. L’histoire nous apprend qu’on ne paye jamais trop chère une défense inflexible des principes démocratiques : à titre d’exemple les francophones devraient exiger que toute solution du problème BHV passe par la ratification par le Parlement flamand du Traité sur les droits des minorités dont la Belgique est signataire.

 

Je me permets de vous faire parvenir, ci-joint, une réflexion très récente qui essaye de ramener le bon sens au centre des négociations ; elle tente de faire la démonstration que le séparatisme est un enjeu « perdant perdant » pour tout le monde ; par contre les atouts d’une Belgique profondément réformée pourraient offrir des matins qui chantent.

 

Bien à vous,

 

Paul N. Goldschmidt

 

 

Cher Monsieur,

 

Vous m’avez interpellé sur l’évolution de la situation politique.  Je crois utile de vous faire part des quelques éléments suivants.

 

Depuis maintenant presque six mois, je participe à la formation d’un gouvernement qui devrait répondre aux attentes des Belges. Le résultat des élections du 10 juin dernier était et reste clair : nos compatriotes demandent une politique ambitieuse.

 

Une politique qui valorise le travail et ceux qui veulent travailler…Une politique qui assure à chacun un soutien concret dans les moments difficiles…Une politique qui affronte, sans se cacher derrière des mots, les problèmes qui se posent aujourd’hui : la sécurité, la justice, la compétitivité de nos entreprises, l’immigration et les valeurs fondamentales de notre société. Mais aussi ce problème-ci : comment assurer durablement l’entente, le dialogue et la répartition efficace des responsabilités entre l’autorité fédérale et les Communautés et Régions, dans le respect des droits fondamentaux de chaque citoyen de notre pays.

 

Il est facile et confortable de prendre la posture de celui ou celle qui refuse tout…y compris de discuter. Il est confortable aussi de ne rien faire sinon prétendre imposer sa volonté et faire plier ses interlocuteurs. Il est aisé, enfin, de ne rien proposer, de ne pas prendre de risques et d’attendre que d’autres les prennent. Ces comportements, sachez-le, ne correspondent pas à ma conception des responsabilités politiques.

 

Concernant le dialogue entre nos communautés, j’ai dit et répété quelles étaient les limites : il s’agit des  limites du fédéralisme et nous n’accepterons pas de les franchir. Nous demandons un Etat fédéral fort, le respect de la solidarité interpersonnelle qui fonde la sécurité sociale, et le respect de la loyauté entre partenaires. J’ai rassemblé l’ensemble des formations politiques démocratiques francophones pour que nous fassions part de notre message commun lors des actes d’agression envers les francophones commis par les partis flamands. Enfin, et surtout, j’ai appelé à l’ouverture et à la franchise dans le dialogue communautaire, et j’ai moi-même voulu faire preuve de cette ouverture et de cette franchise, y compris en posant nos exigences – fussent-elles difficiles à entendre au Nord du pays.

 

A la demande du Roi, j’ai mené une mission d’information au lendemain des élections. Au cours de celle-ci, j’ai  tenté de synthétiser les demandes et les attentes de la société. J’ai également relevé que le résultat des élections appelait la mise sur pied d’un gouvernement de centre-droit. 

 

Nous avions réussi à engranger des accords importants sur pratiquement tous les volets d’un accord de gouvernement, en répondant aux demandes et aux attentes que je viens d’évoquer. Avec les négociateurs du Mouvement Réformateur, j’ai d’ailleurs obtenu des avancées importantes qui se trouvaient au cœur de notre programme électoral comme le renforcement du pouvoir d’achat par le biais notamment d’une nouvelle réforme fiscale ciblée prioritairement sur les bas et moyens revenus.

 

En outre, suite à la mission confiée à MM. Van Rompuy et De Decker, chacun semblait s’accorder pour confier à une Convention pour la réforme de l’Etat le soin d’étudier et de formuler des propositions sur un certain nombre d’évolutions.

 

Enfin, j’ai répondu favorablement aux trois questions formulées par M. Leterme. Reprenons ces trois points : Oui pour discuter ouvertement au sein de ladite Convention, pour autant que chacun soit disposé à parler de tout (et donc, aussi, notamment de la refédéralisation de certaines compétences ou d’un élargissement de Bruxelles). Oui pour permettre aux Régions de déployer certains incitants fiscaux en faveur des entreprises, étant entendu qu’il n’est pas question de régionaliser l’impôt des sociétés. Oui, enfin, pour rechercher les majorités nécessaires pour adopter certaines réformes. Ceci, bien entendu, en fonction des textes de lois proposés, au cas par cas, et tout en sachant que la « majorité spéciale » exigée demande, outre les 2/3 de votes positifs, une majorité simple dans chaque groupe linguistique – et donc demande l’appui d’une majorité francophone. Nous refuserons aussi que les voix du Vlaams Belang ne servent à obtenir une majorité des deux tiers au Parlement.

 

En formulant ces trois « oui », je rappelais simplement l’approbation du Mouvement Réformateur à la note communautaire qui avait été présentée et endossée par le formateur, mais aussi, ensuite, acceptée par les quatre chefs de délégation. Il n’était donc aucunement question de céder au chantage exercé ensuite par la N-VA, pression à laquelle M. Leterme a visiblement eu du mal à résister. Pour nous, les questions communautaires pouvaient donc être traitées au sein de la Convention où un dialogue doit être noué, et un gouvernement pouvait enfin être formé de manière à mettre en œuvre la politique socio-économique dont a besoin le pays. D’autres ont décidé que ce n’était pas possible.

 

Samedi dernier, Yves Leterme a, comme vous le savez, remis sa démission au Roi. Aussi, je ne peux que constater l’échec de la mission qui lui avait été confiée et, comme vous, déplorer le temps qui s’est écoulé et nous porte préjudice.

 

Je regrette que chacun n’ait pris ses responsabilités ou n’ait osé s’affranchir des pressions et des diktats de ses partenaires ou alliés (je pense singulièrement à la N-VA).

 

Dans ces conditions, la mission confiée par le Roi à Guy Verhofstadt, avec qui j’ai longuement dialogué ces derniers jours, de rassembler, à très court terme, les éléments nécessaires pour mettre fin à la crise, est porteuse d’espoirs. Aujourd’hui, une seule chose m’importe : c’est que le compteur de la crise s’arrête. Pour cela, il faut qu’un gouvernement puisse, sans aucun délai, s’atteler à résoudre les problèmes socio-économiques qui se posent. En parallèle, nous pourrons alors étudier les moyens de préparer et de mettre en œuvre une réforme de l’Etat, un nouvel équilibre belge. Sur ces principes, il existe une grande convergence de vues entre le MR et l’Open VLD.

 

Espérant vous avoir éclairé sur l’évolution de ces négociations, je vous prie de croire, cher Monsieur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.