Le Discours de Sa Majesté le Roi et l’Europe

 

 

Le discours royal de Noël 2012 était sobre et de circonstance, apportant un réconfort de saison nuancé à une opinion publique déboussolée par la crise économique et financière qui entre dans sa cinquième année.

 

Tout en reconnaissant les progrès accomplis par son Gouvernement et les sacrifices pénibles endurés, notamment par ceux qui ont perdu leur emploi, le Roi a aussi rappelé, à très bon escient, les risques de dérives nationalistes en dénonçant le message populiste qui capitalise sur la crise. En effet, dans de nombreux pays de l’Union, ses ténors lui en attribuent – à tort – la responsabilité, la désignant comme bouc émissaire de choix sur lequel ils concentrent leur discours de rejet de l’autre.

 

La référence explicite aux années 1930, loin d’être une erreur ou même une simple « maladresse », comme d’aucuns le prétendent, était pleinement justifiée, ne fut ce que pour rappeler la rapidité avec laquelle une situation donnée peut dégénérer en une spirale infernale dont on perd le contrôle. Dans ce contexte, ceux qui jouent avec les concepts de sortie/expulsion de Membres de l’UEM ou encore qui envisagent de renégocier à leur profit exclusif le Traité ou même de sortir de l’Union ainsi que ceux qui mettent en cause l’intégrité interne de certains pays Membres, sont de dangereux pyromanes qui flattent les instincts de peur et de repli sur soi; la mise en œuvre de leurs soi-disant remèdes protectionnistes serait catastrophique pour tous.

 

Se sentir visé par le discours du Roi relève de l’auto-flagellation plutôt que de la stigmatisation, notamment de la part de ceux qui réfutent que cela les concerne. Ils ne peuvent cependant s’empêcher d’y trouver un mauvais prétexte pour critiquer l’exercice par le Roi de ses devoirs et pouvoirs constitutionnels. Il est donc heureux que, couvert par l’autorité du Premier Ministre (et donc par l’ensemble du Gouvernement car il n’y a eu aucune démission), le Souverain ait rappelé, sans complaisance, les défis qu’il nous reste à affronter.   

 

C’est à ce propos que je voudrais épingler un des aspects du discours qui a été complètement occulté par la polémique « minable » entourant le message royal, lui enlevant par la même occasion une grande partie de sa portée. En effet, il sied d’applaudir sans réserve les nombreuses références à l’Europe et à la nécessité d’harmoniser les politiques nationales et européennes pour trouver une solution à la crise; il était particulièrement judicieux de souligner les efforts d’assainissement au plan national tout en appelant l’Union Européenne à se mobiliser pour favoriser la relance.

 

Cependant, en ne soulignant pas les moyens budgétaires dérisoires dont dispose l’Union,  et sur lesquels  les 27 Pays Membres n’arrivent même pas à s’accorder, l’appel en faveur d’une intervention significative de l’Europe ne pourra qu’être déçu. Cela accréditera l’incapacité d’agir de l’Union, renforçant, par défaut, les thèses des nationaux-populistes qui ne manqueront pas, une fois de plus, de rendre l’Europe responsable de la crise et de sa perpétuation. Ce discours risque donc de contribuer involontairement à la propagation de l’euroscepticisme.  

 

Dans la situation précaire où se trouve l’Europe, il incombe à la Belgique et à son Gouvernement de peser de tout son poids sur le débat pour faire triompher l’idéal de solidarité, par respect non seulement des valeurs humanistes de la Communauté mais aussi de l’intérêt bien compris de l’ensemble de ses citoyens. Dans un monde globalisé, pour le meilleur comme pour le pire, seule une Union Européenne forte, dotée de moyens suffisants, pourra défendre les intérêts vitaux de ses citoyens, quelle que soit par ailleurs leur situation financière individuelle.

 

Il va de soi que – charité bien ordonnée commençant par soi–même –  l’appel du Roi, qui met en garde contre les sirènes du national-populisme, s’applique en particulier à la Belgique. Il serait tout à fait incohérent d’appeler à une Europe plus efficace et solidaire en s’abstenant de toute prise de position sur l’avenir du pays au nom d’une neutralité vide de contenu.

 

Bruxelles, le 28 décembre 2012  

 

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité Consultatif de l’Institut Thomas More.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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