Bruxellois : Attention (pas op) danger (gevaar)

 

 

 

Dans la page « Débats » de la Libre Belgique du 20 août 2007, je soutenais la thèse que « Bruxelles est le vrai enjeu ». J’exprimais ma crainte que les partis politiques du nord et du sud finissent par arriver à un accord de cogestion de la Région Bruxelloise au détriment de ses habitants. Les mois suivants ont appaisé ces craintes avec un évident resserrement de la solidarité entre la Région Wallonne et la Région bruxelloise, favorisée largement par les revendications excessives de la Région flamande et des vexations mesquines (Bourgemestres, Overijse,etc.).

 

Avec l’éclatement de la nouvelle crise politique résultant de la démission du Gouvernement d’Yves Leterme, je constate qu’il était prématuré de penser que ce danger était écarté : en effet, au centre des propositions de dernière minute du Premier Ministre sortant, était l’idée d’associer les « Régions » aux négociations communautaires. Or, comme le souligne Didier Reynders, lui-même, il s’agissait bien d’un dialogue de « Communauté à Communauté » qui était proposé. La confusion – délibérée – peut bien sûr s’expliquer par la superposition de la Région et Communauté en Flandre, mais ce n’est pas le cas pour la Wallonie et Bruxelles. Cependant, il ne fait aucun doute que c’est l’interprétation de Didier Reynders qui est la bonne car il suffit de se référer au fait qu’il n’y a que deux délégations, l’une flamande, l’autre francophone pour s’en convaincre

 

Même si un futur gouvernement fédérale reprenait cette piste pour faire avancer le débat, il faudrait à tout  prix que les Bruxellois se mobilisent pour empêcher que la structure proposée soit retenue. La Région Bruxelloise doit être représentée à part entière. Cette situation serait d’ailleurs avantageuse pour la négociation car les intérêts des Bruxellois, qu’ils soient francophones ou flamands divergent substantiellement de ceux des autres régions. Il faudrait assurer une représentation équitable des flamands dans la délégation bruxelloise en s’inspirant, le cas échéant, des arrangements internes existants à la Région. On éviterait ainsi que des tiers ne s’approprient de manière illégitime la défense des intérêts des bruxellois. Qui mieux que les bruxellois sont à même de défendre leurs intérêts financiers et d’assurer que la richesse productive de Bruxelles profite équitablement à ses propres citoyens.  

 

Il est impératif de distinguer trois enjeux : « linguistiques », ceux qui concernent la structure institutionnelle du pays et ceux qui traitent des compétences « socio-économiques ». La Région bruxelloise est constitutionnellement  « bilingue » et il n’y a donc pas pour elle de problème sue ce terrain puisque les « compétences linguistiques » dévolues aux Communautés ne s’appliquent pas à la Région bruxelloise .Elle a cependant un intérêt direct quant à la structure des pouvoirs régionaux et l’exercice des compétences.

Dans les négociations qui doivent, d’une façon ou de l’autre, aboutir à une profonde réforme de l’Etat, il est du devoir des représentants politiques de mettre au second plan les calculs électoraux et l’intérêt à court terme des partis pour défendre loyalement les intérêts de ceux qui les ont élus. Il serait infiniment regrettable qu’à la suite de l’exemple donné par le CDN & V de sacrifier l’intérêt national sur l’autel du cartel avec le NV-A, les partis francophones succombent à de similaires tentations.

 

Je n’ai pas le moindre doute que Charles Piqué et son équipe défendront au mieu l’intérêt de tous les Bruxellois et qu’ils seront aussi les mieux placés pour assurer une valorisation maximum de la ville en tant que siège de l’Union Européenne, enjeu capital pour Bruxelles.

 

Abordée avec intelligence et sans arrière pensée, la participation des « Régions » aux futurs négociations institutionnelles pourait alors débloquer une situation dont la pérénnisation porte un tort considérable à la Belgique et à tous ses habitants.

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.)

 

Le 15 juillet 2008