Elections : Le Baromètre politique belge

Pourquoi un vote N-VA est un vote contre l’Europe !

 

Le baromètre politique paru ce jour dans La Libre Belgique – évènement toujours attendu avec intérêt – est particulièrement décevant, non pas tant en ce qui concerne l’évolution des intentions de vote qui sont ce qu’elles sont, mais par la pauvreté de l’analyse qui l’accompagne. En effet, on chercherait en vain la moindre mention des élections européennes et des conséquences évidentes qu’elles auront pour l’avenir du pays, réduisant à bien peu de choses la portée des analyses subtiles concernant les conséquences des scrutins nationaux et régionaux.

 

De surcroît, cette présentation tend à accréditer la thèse - erronée - de l’importance secondaire de l’Europe alors que depuis le dernier scrutin, crise oblige, des changements fondamentaux (traité budgétaire, six et two pack, Union Bancaire, etc.) transfèrent ou encadrent dorénavant de nombreux aspects supplémentaires de la souveraineté nationale, quel que soit le niveau auquel elle s’exerce.

 

L’impact des élections européennes se fera sentir à deux niveaux : en premier lieu dans la manière dont le Conseil Européen tiendra compte des résultats pour proposer au Parlement le futur Président de la Commission ; ensuite dans l’impact qu’aura la répartition des sièges entre les partis représentés, sur le fonctionnement du Parlement pendant la prochaine législature.

 

Même si cela ne corrige pas le déficit démocratique du mode de scrutin, la désignation anticipée de « candidats » pour la Présidence de la Commission par les principaux « groupements » politiques au Parlement Européen (PE) constitue une avancée incontestable. Cette situation nouvelle devrait conduire l’électeur à réfléchir à la cohérence de son vote à tous les niveaux. En effet, au niveau européen, seul un vote pour des partis susceptibles de remporter un siège est un « vote utile » ce qui devrait inciter ceux qui votent légitimement pour des petits partis « nationaux/régionaux » à panacher au niveau européen.

 

Quant à la répartition des sièges au PE, le succès anticipé des partis nationalistes/populistes, dont la N-VA, pourrait déboucher sur l’incapacité de l’Union Européenne (UE) d’agir et augmenter encore l’euroscepticisme ambiant. C’est dans cette perspective qu’il y a lieu d’anticiper les conséquences au niveau national car il y a un lien direct entre les deux. Ce lien est soigneusement occulté, soit délibérément comme c’est le cas pour la N-VA, soit simplement par omission (coupable) par la plupart des autres partis comme le démontre la teneur  des commentaires autour du « Baromètre ».

 

Des sondages antérieurs ont démontré qu’une majorité des belges, y compris de ceux qui votent N-VA, ne désire pas la scission de la Belgique (enjeu national). Or, un vote pour ce parti ne fera que renforcer le camp des eurosceptiques au PE, affaiblissant la capacité de l’UE et en particulier de l’Union Economique et Monétaire (UEM) à poursuivre son intégration, pourtant indispensable pour assurer la survie de l’Euro. En effet, les velléités séparatistes de la N-VA n’ont de chance réelle d’aboutir que dans le contexte chaotique qui prévaudrait en cas d’implosion de l’euro et donc de l’Union. Dans ce cas de figure, les problèmes apparemment insurmontables que constituent, entre autres, la répartition de la dette nationale ou le statut de Bruxelles deviennent des enjeux secondaires par rapport aux conséquences économiques et financières dramatiques liées à la fin du rêve européen. Est-ce là vraiment un prix que la grande majorité des électeurs est prête à payer ?  Expliciter cette réalité peut faire prendre conscience de l’importance du vote aux européennes et influencer significativement les choix exprimés au niveau national et régional.

 

La sixième réforme de l’Etat a rendu l’électeur particulièrement sensible à la répartition et la dévolution des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires qu’il s’agit dorénavant de mettre en œuvre. L’émergence d’une structure de caractère fédéral au niveau de l’UEM doit constituer la prochaine étape de toute nouvelle réforme institutionnelle en  lui transférant – au-delà de la souveraineté monétaire –  conformément au principe de subsidiarité, les pouvoirs qui s’exercent plus efficacement à ce niveau (défense, politique étrangère, politique économique, énergie, environnement, etc.). Il y aura alors lieu de décider si le maintien d’un niveau fédéral national se justifie ou s’il y a lieu de transférer aux régions les pouvoirs fédéraux résiduels. Dans l’intervalle, toutes discussions sur de nouvelles réformes institutionnelles en Belgique devraient être suspendues.

 

En conclusion, il est urgent de sensibiliser l’électeur aux enjeux interdépendants des trois élections du 25 mai prochain et de se rendre compte qu’un vote N-VA est par nature anti-européen quel que soit le faux nez derrière lequel il se cache.

 

Bruxelles, le 22 février 2014

 

 

 

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité Consultatif de l’Institut Thomas More.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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