Rome et le Printemps Arabe

 

 

Il y a, sans aucun doute, une énorme satisfaction dans les couloirs du Vatican suite à la révolution pacifique qui se déploie au sein de la société arabe. De réels espoirs naissent en vue d’une amélioration du sort des populations chrétiennes dont les souffrances et brimades dans cette partie du monde avaient été largement relayées par les médias au cours des derniers mois.

 

La fraternisation des populations musulmanes et coptes en Egypte, unies par des aspirations de liberté et de démocratie véhiculées par la jeunesse doit donner lieu, à juste titre, à de nombreuses prières d’action de grâce car peu de responsables s’attendaient à ce que leurs appels soient « entendus » aussi rapidement. Ces développements doivent être accueillis positivement bien au-delà de la seule chrétienté, car qui ne se réjouirait pas d’une perspective de réconciliation dont les effets pourraient affecter positivement et durablement les relations entre l’Islam et l’Europe et apaiser les tensions intracommunautaires qui empoisonnent la politique intérieure de nombreux pays occidentaux.

 

Aussi pertinente soit-elle, il serait cependant regrettable que l’analyse des autorités ecclésiastiques se borne à ce constat primaire. Comme l’ont si bien souligné le Président Obama et Madame Merkel, la démonstration a été apportée, une fois de plus, que la soif de liberté et de démocratie finit toujours – parfois après de longues décennies -  par l’emporter sur la dictature. Déjà les dirigeants de régimes autoritaires de la région, en Iran, au Yémen en Algérie etc., s’inquiètent de ce que leurs populations s’affranchissent de la peur qui les maintenaient dans la soumission et qu’ ils soient à leur tour balayés, à l’instar de ce qui s’est passé après la chute du mur de Berlin.

 

Il serait très souhaitable, à l’aune de ce nouveau souffle démocratique, que l’Eglise aussi réfléchisse dans quelle mesure sa propre structure autocratique pourrait s’ouvrir à plus de collégialité et de liberté dans sa structure, sa communication et l’exercice de ses prérogatives.

 

Sans tomber dans des comparaisons outrancières avec les régimes politiques dictatoriaux,  le pouvoir temporel de l’Eglise étant depuis longtemps circonscrit, il ne faut cependant pas sous-estimer la capacité de souffrance morale qu’Elle et ses représentants peuvent infliger à leurs fidèles. Leur désarroi se traduit par une désaffection croissante à l’égard de l’institution qui suffit à justifier une remise en cause approfondie.

 

La perpétuation d’attitudes rigides, parfois totalement déconnectées de la réalité, découle en grande partie des structures destinées à consolider la main mise sur l’appareil de l’Eglise par son organe central, la Curie. La centralisation des nominations bafoue régulièrement l’esprit des procédures mises en place pour, recueillir les vœux exprimés par les églises locales et permet une cooptation qui favorise un statu quo destructeur. Ainsi, des avancées significatives dans plusieurs domaines proposées il y a presque 50 ans par le Concile Vatican II, notamment pour renforcer la collégialité et une certaine décentralisation, ont-elles été gommées par le Pape Paul VI en annulant sous pression de la Curie, un nombre important de ses dispositions (voir mémoires de Hans Kung).

 

De même, de nombreux problèmes de société, et à ce titre d’un intérêt évident pour tous les fidèles, sont-ils régulièrement écartés sans - ou avec peu de - débat par la hiérarchie : par exemple le rôle des femmes dans l’Eglise, le mariage des prêtres, le statut des divorcés remariés, l’usage de la contraception etc.

 

Il n’est nullement question de remettre en cause l’enseignement de l’Eglise mais seulement de mettre en œuvre un de ses textes fondateurs : l’extrait du Sermon sur la Montagne, lu dimanche dernier, et dans lequel le Christ se fait l’interprète de la Loi qu’il vient « accomplir ». L’Eglise se doit d’être exemplaire dans l’application de ces préceptes qui sont la version primitive des Droits Universels de l’Homme et qui, comme l’ont démontré tous les manifestants dans les pays arabes, répondent encore aujourd’hui aux aspirations profondes de l’ensemble de la communauté humaine.  

 

L’Eglise s’honorerait si elle saisissait cette occasion offerte par les bouleversements géopolitiques en cours pour étudier, sans à priori, comment rencontrer les aspirations légitimes à une plus grande liberté de ses fidèles dans le cadre,  par nature en partie dogmatique, sur lequel se fonde son enseignement.

 

Bruxelles, le 14 février 2011

 

 

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre de l’Institut Thomas More.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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