Laïcité : Question de définition ?

(Ou l’incohérence prouvée par l’absurde)

 

La réponse de Pierre Galand (Libre Belgique du 27/11) à Marc Uyttendaele (Libre Belgique du 20/11)  est fascinante et met clairement en lumière l’ambiguïté délibérée, maintenue par ses défenseurs, autour de la signification du mot et donc du concept même de laïcité.

 

S’affrontent trois conceptions :

 

-          Le concept de laïcité de l’Etat qui vise une égalité de traitement de toutes les conceptions philosophiques, qu’elles soient religieuses, agnostiques ou athées, dans le respect de la loi qui s’applique à tous. (conception apparentée à celle défendue en France).

 

-          Le concept de laïcité incarné principalement par la séparation absolue des Eglises et de l’Etat. (conception apparentée à celle défendue par M. Uyttendaele)

 

-          Le concept de laïcité en tant que « courant de pensée » distinct et donc opposé aux autres courants philosophiques ou religieux (conception apparentée à celle de Pierre Galand). Cette acception partage avec l’ensemble des « courants de pensée » l’acceptation de « dogmes », ne fusse celui de prétendre refuser tout dogmatisme.

 

Il est évident que suivant que l’on est attaché à l’une ou l’autre de ces conceptions, les conséquences pratiques qui en découlent sont différentes, mais il est intellectuellement malhonnête de revendiquer le bénéfice de l’une au détriment d’une autre suivant le contexte considéré.

 

Si, comme le défend Pierre Galand, la laïcité est l’équivalent d’un « libre examen » - au sens étroit (c'est-à-dire qui rejette tout dogmatisme) -, alors il a parfaitement raison de revendiquer sa part de subventions dès lors que le CAL (ou d’autres associations) remplit les conditions objectives prévues par la loi. Dans ce cas il est clair qu’il n’y a aucune raison d’inscrire le concept de laïcité dans la Constitution.

 

Marc Uyttendaele affirme que la laïcité se concrétise principalement par la séparation des Eglises et de l’Etat. Il en tire la conclusion que l’Etat ne peut subsidier les Eglises de quelque façon que ce soit. Il est donc parfaitement cohérent lorsqu’il affirme que « les associations laïques sont les fossoyeurs du principe de laïcité qu’elles prétendent défendre », position qui justifie son appui aux propositions d’Olivier Maingain.

 

Personnellement je me trouve en phase avec la conception française de la laïcité qui s’appuie, elle aussi, sur la séparation des Eglises et de l’Etat. Cette séparation interdit à l’Eglise de se « substituer » à l’Etat dans l’exercice de ses pouvoirs mais n’interdit nullement l’Etat de déléguer des pouvoirs, sous un contrôle stricte, ou de subsidier des activités de l’Eglise ou de toute autre association remplissant les critères établis par la loi. Remettre en cause ce pouvoir exclusif de l’Etat lui interdirait de subsidier des associations sportives, caritatives, artistiques etc., et aurait, comme l’avoue Marc Uyttendaele, des « conséquences vertigineuses », qui ne s’arrêteraient pas à celles découlant  de l’inscription du concept de laïcité dans la Constitution.

 

En conclusion, je pense que l’analyse de Francis Delpérée, qui juge « inutile » la proposition d’Olivier Maingain soutenue par Marc Uyttendaele, laisse à la Belgique toute la latitude nécessaire pour assurer aux citoyens l’exercice de leur liberté de conscience dans un climat de tolérance et de respect mutuel.

 

Bruxelles, le 27 novembre 2012  

 

 

Paul N. Goldschmidt

 

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité Consultatif de l’Institut Thomas More.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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