Faut-il Boycotter les Jeux Olympiques ?

 

L’article de Pierre Defraigne dans la Libre de ce jour pose le problème de la participation aux JO de façon pragmatique autant que rationnelle. Il y a peu de choses à ajouter à une argumentation de bon sens qui prend bien la mesure des enjeux et évite toute hypocrisie si caractéristique des politiciens en recherche de médiatisation ou de moralistes confortablement assis (comme moi) devant leurs ordinateurs d’où ils peuvent pontifier sans risques sur une moralité dont les « démocraties » manquent cruellement.

 

Je souscris donc totalement au diagnostic qui enjoint les Gouvernements de s’abstenir de prendre position sur une question dont la solution reste entièrement entre les mains du pays organisateur des jeux. Je ne conteste pas non plus la position du Mouvement Olympique, qui, ayant pris ses responsabilités en 2001 lors de l’attribution des jeux à la Chine, se doit de tout mettre en œuvre pour en assurer le succès en remplissant scrupuleusement ses engagements.

 

Ceci dit, je crois qu’il existe une façon concrète de manifester  la désapprobation que l’intervention musclée de la Chine dans sa province reculée appelle. Cela ne demande aucune déclaration officielle, aucune reconnaissance médiatique. Il s’agit d’un geste individuel, totalement libre au niveau des spectateurs et, éventuellement des athlètes, de décider de s’abstenir d’assister ou de participer aux jeux.

 

Alors que pour les spectateurs il s’agit d’un sacrifice peu onéreux (et même économique), sa portée symbolique serait néanmoins énorme surtout si les transmissions télévisées montraient le remplissage local des tribunes publiques où l’on peut être assuré (régime oblige) qu’il ne restera pas la moindre chaise vide.

 

Pour les athlètes, la question se pose différemment, et chacun d’entre eux devra, en conscience, se faire une opinion sans que son choix ne puisse faire l’objet de la moindre critique. D’une part, pour beaucoup d’entre eux, qui se sont préparés pendant des années au prix de lourds sacrifices personnels, s’abstenir de participer peut mettre un terme à des espoirs légitimes de reconnaissance olympique ou même simplement à la fierté d’être jugé digne de s’aligner avec les meilleurs athlètes de leur spécialité respective. D’autre part l’immense prestige moral dont bénéficient les grands athlètes les met dans une position où une décision d’abstention aurait un retentissement très considérable, d’autant plus qu’ils n’auraient aucun bénéfice à en retirer.

 

La réflexion ci-dessus se veut donc complémentaire et nullement contradictoire à la position défendue par mon collègue et ami Pierre Defraigne.

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur à la Commission Européenne (e.r.)

 

 

Lorgues, le 31 mars 2001

 

 

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