Hommage aux victimes espagnoles du terrorisme

 

 

Ce soir nous partageons tous le deuil du peuple espagnol. Un immense élan de solidarité déferle à travers l’Union Européenne en soutien d’un de ses Membres touché dans sa chaire.

 

La couverture médiatique permet à chacun de visualiser l’horreur. Le drame humain des familles qui ont perdu des proches, les souffrances physiques des blessés et le dévouement exemplaire des services de secours sont abondamment commentés. 

 

En même temps vient le cortège des messages de soutien officiels, des déclarations d’action énergique et des analyses sur les responsabilités par des experts de tous ordres. Bien sûr il est normal qu’à brûle pourpoint, on laisse éclater sa colère et son dégoût; bien sûr il est normal de donner une priorité aux mesures renforçant la sécurité et de mettre l’accent sur les enquêtes pour identifier les coupables, mais si cela se limite à cela, ces victimes seront mortes pour rien.

 

La manifestation impressionnante à Madrid et à travers toute l’Espagne démontre ce soir une communion d’idéaux largement partagés par l’ensemble de la population et fait la preuve, par-dessus tous les clivages politiques, de l’immense désir de faire triompher la démocratie et de rejeter inconditionnellement le terrorisme. Ces valeurs sont partagées par l’immense majorité des citoyens européens.

 

Si nous voulons vraiment rendre hommage à ces victimes innocentes, l’Europe doit – sous l’impulsion du Conseil Européen - saisir cette effroyable événement pour prendre des initiatives qui, sans ce contexte particulier, n’auraient pas le soutien nécessaire de l’opinion publique.

 

L’Europe doit saisir l’occasion d’affirmer son leadership dans le domaine de l’aide au développement des pays les moins favorisés. Un engagement solennel d’affecter à ce but un montant de 3% du PNB de l’Union, ce qui représenterait un montant colossal par rapport aux moyens actuels, pourrait recevoir l’aval de l’opinion publique. Ce publique comprendrait aisément qu’une telle décision est de nature à apporter un élément de réponse à moyen et long terme au problème de sécurité et de sérénité dans la vie quotidienne de chaque citoyen.

 

Il ne s’agit pas d’induire le public en erreur en présentant cette proposition comme « la solution ». En effet, en attendant que ces mesures ne commencent à prendre effet, la menace et l’exécution d’actes terroristes  se répéteront. Mais une telle politique a beaucoup plus de chance d’avoir des effets durables que l’installation d’une mentalité de forteresse dont la vulnérabilité évidente ne fait qu’exacerber les haines.

 

Voilà donc un vrai hommage à toutes les victimes du terrorisme auquel, je ne doute pas, qu’au travers de leurs impôts, chaque citoyen de l’Union aura à cœur à contribuer: de préférence par conviction de la justesse de la démarche, mais – moins glorieusement - ne fusse que par crainte que, sans plus de solidarité dans un monde globalisé, la situation privilégiée des européens ne survive longtemps.

 

C’est aussi une occasion unique à saisir par les - bientôt 25 - pays Membres de l’Union, d’agir ensemble sur la scène internationale et d’y apparaître comme un acteur incontournable.

 

Alors l’espoir pourra renaître et les morts de Madrid seront honorés comme il se doit.

 

Paul N Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (retraité)

 

Bruxelles, le 12 mars 2004

 

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