Peut-on réformer l’Education Nationale ?

 

Après le discours d’Orléans de François Hollande (mon article du 10 février), c’était, hier soir, au tour de Nicolas Sarkosy de s’étendre longuement sur ce thème à Montpellier.

 

Les deux candidats mettent la réforme de l’éducation au cœur de leurs propositions respectives ce qui constitue une belle unanimité qu’il convient de saluer et d’encourager.

 

Comme il fallait s’y attendre, le style de l’intervention du Président-candidat était plus musclé et charpenté que celui de Hollande. It ciblait délibérément les « parents » en faisant appel leurs ambitions pour leurs enfants (sentiment instinctif qui ne souffre aucune contradiction) et faisant largement l’impasse sur le monde de l’éducation nationale, traditionnellement acquis à la gauche, même s’il faisait miroiter une revalorisation financière et du « statut social » de l’enseignant en contrepartie de prestations supplémentaires des professeurs sur une base volontaire.

 

Ayant rappelé la priorité donnée à la réforme de l’Université durant son premier mandat –  réforme généralement bien accueillie – le Président-candidat s’engage à réformer l’école primaire et secondaire durant le second. Il rejoint ainsi partiellement l’une des priorités de son rival qui insiste sur l’importance de remédier au décrochage scolaire dès la maternelle. C’est notamment par  la ré-médiation, encadrée par la présence accrue des professeurs sur place, que Sarkosy entend apporter la réponse, alors que Hollande insiste sur une meilleure formation des enseignants.

 

Un autre point de clivage est  un objectif d’excellence entièrement assumé comme une vertu par le Président, qu’il contraste avec l’ambition de nivellement proposé par son concurrent. Cette attitude volontariste est démontrée par l’acceptation du redoublement et par la mise en œuvre de « groupes de niveau » et le maintien de hauts standards pour le bac pour donner à chacun ses chances selon ses capacités et ses efforts.

 

L’erreur qui me semble être commise par les deux candidats est de vouloir faire porter par  l’Education Nationale – au-delà de sa mission première sur laquelle il y a accord  - le fardeau supplémentaire d’être l’arbitre entre deux idéologies. L’Education doit rester prioritaire et l’école doit être le lieu où les valeurs républicaines sont au service de la population et notamment des jeunes dont elle assume la charge.

 

Je voudrais conclure par une proposition qui, il me semble, pourrait être accueillie par toutes les parties: de façon a créer plus d’homogénéité dans les classes sur le plan des présupposés sur les acquis, il faut envisager, à la fin de chaque « palier », après la maternelle, le CM2 etc. jusqu’au bac, d’instaurer une « année de rattrapage » ciblée (au lieu de redoubler) dont l’objectif est de permettre de remédier aux déficiences et assurer que lors du passage au niveau supérieur l’élève ne constitue un handicap pour l’ensemble de ses camarades.

 

Ces classes pourraient bénéficier d’enseignants spécialement formés. Les élèves ne se sentiraient pas stigmatisés (par leurs nouveaux camarades plus jeunes) et pourraient rejoindre ainsi plus aisément les cours normal de leur parcours sur pied d’égalité avec la classe montante. Par exemple, les enfants qui, à la fin de la maternelle ne possèdent qu’un vocabulaire réduit (parce qu’issus de milieux moins favorisés ou de l’immigration) et qui sont donc incapables d’appréhender correctement l’apprentissage à lecture, pourraient faire l’objet d’une année où leur handicap serait pris spécifiquement en compte. Ce ciblage paraît difficile si on impose un simple redoublement car il ne faut pas pénaliser les enfants qui suivent au rythme normal.

 

Une telle approche semble concilier beaucoup des objectifs poursuivis par les deux candidats et peuvent s’inscrire à l’intérieur de l’enveloppe budgétaire que chacun d’eux veut consacrer à cette problématique crucial pour l’avenir. Il prend en effet en compte l’objectif de ré-médiation dès la maternelle prônée par Hollande et s’inscrit dans le projet d’accompagnement scolaire individualisé proposé par Sarkosy.

 

Réjouissons-nous donc de ce que l’Education fait l’unanimité en tant qu’objectif prioritaire et évitons de le transformer ce consensus en « football » politique et de lui ôter une grande partie de l’efficacité qu’il mérite.  

 

Bruxelles, le 29 février 2012

 

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité Consultatif de l’Institut Thomas More.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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