« Dialoguer ! Mais quel dialogue ? »

 

L’article de François Mathijssen paru dans votre rubrique débats du 29 novembre me pose problème : superficiellement, il n’y a rien à redire car il ne fait qu’affirmer les valeurs de tolérance, d’ouverture et de respect de l’autre, dans le cadre d’un dialogue qu’il souhaite empreint de franchise et de rectitude intellectuelle. Personne de bonne foi ne contesterait ce point de vue.

 

Là où le bas blesse c’est, qu’à mon avis, il esquive un des enjeux essentiels du débat et risque de se trouver enfermé dans une position de faiblesse. C’est qu’en réalité il n’y a pas équivalence entre les termes de référence au sein duquel ce dialogue se conduit. En effet nous avons d’un côté une société où la référence est à dominante chrétienne mais où l’histoire moderne a conduit à une séparation légale de l’Eglise et de l’Etat et de l’autre, une société islamique où il y a une large confusion entre ces deux sphères.

 

Que ce soit au nom d’une éthique chrétienne ou laïque que l’on défende la liberté de culte, rien que de plus normal. Que cela s’étende au respect de rites, de traditions, voir de valeurs qui nous sont étrangères, fort bien tant que cela reste circonscris dans la sphère privée où la liberté de l’un n’impose pas de limite à celle de l’autre. Par contre, dans tous les cas où un tel conflit ne peut être évité, c’est l’autorité de la loi qui doit prévaloir et on ne peut y opposer au nom de la tolérance ou de la liberté de l’autorité de chefs religieux même lorsque ceux-ci détiennent un tel pouvoir dans leurs pays d’origine.

 

Bill Clinton, alors Gouverneur de l’Arkansas, a été confronté au problème d’une proposition de loi qui voulait imposer l’enseignement dans toutes les écoles des théories de biologie « créatrice » (bible littérale) à côté de la biologie « évolutionniste » (Darwin). Ce projet, voté par les députés, fut finalement écarté comme enfreignant la Constitution, car la séparation des pouvoirs interdisait l’enseignement de matières basées sur une analyse à connotation religieuse. Cet exemple montre clairement que, dans son application, il faut des limites à la tolérance.

 

Le principe de laïcité - quand il est appliqué avec un esprit ouvert – n’entrave nullement l’épanouissement au sein de nos sociétés de multiples groupes religieux. Il devrait permettre à la religion musulmane de s’intégrer et se développer harmonieusement sur une base similaire.  Dans un tel cadre, chacun peut, tel que l’auteur le propose, être reconnu dans ce qu’il croît et ne pas craindre un avenir en commun.

 

Bruxelles, 30 Novembre 2004

 

 

Paul N. Goldschmidt

 

 

 

 

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