Le sauvetage de la Grèce : un premier pas utile!

 

 

L’accord intervenu ce week-end entre les Ministres des Finances de l’UEM pour débloquer une tranche de €8,7 milliards au profit de la Grèce est sans aucun doute une très bonne nouvelle.

 

Il a évité (temporairement) la faillite du pays et l’effondrement complet de son économie, ainsi que le risque de contagion qui y était associé. Ce risque était double : d’une part qu’il s’étende à d’autres pays fragilisés par la crise de la dette souveraine, notamment l’Irlande, le Portugal et l’Espagne et, d’autre part, qu’il se propage à l’ensemble du secteur bancaire, forcé de reconnaître les moins values sur leurs portefeuilles de fonds d’Etat et restreint en conséquence dans sa capacité de refinancement auprès de la BCE.

 

Néanmoins, le répit accordé ne peut être que de courte durée car il s’agit de trouver très rapidement des solutions pérennes à deux problèmes qui se posent dans l’immédiat :

 

Tout d’abord assurer le FMI qu’un nouveau plan de sauvetage crédible sera mis en place comme condition préalable au déblocage de sa contribution (€3,3milliards) à la nouvelle tranche d’avances. L’abandon du parallélisme (75%/25%) entre les prêts accordés par l’UE et le FMI risquerait de remettre en question l’ensemble du dispositif. La gestion de cette question sera particulièrement délicate pour Madame Lagarde, la nouvelle Directrice du FMI, qui prend ses fonctions le 5 juillet. 

 

Ensuite, conforter l’Allemagne en ce sens que le plan de sauvetage réponde à ses exigences d’une accélération du rythme des privatisations et d’une participation (volontaire) du secteur privé au refinancement de la dette grecque venant à échéance.

 

Comment alors peut-on anticiper les réactions du marché financier ?

 

Après le soulagement initial d’avoir évité une crise à chaud, on doit s’attendre à ce que les incertitudes reprennent rapidement le dessus, à moins que le processus « politique » ne soit maîtrisé avec une grande fermeté. Vu l’expérience de la gestion de la crise à ce jour, il est malheureusement permis de douter qu’on évitera l’étalage publique des divergences qui alimenteront la spéculation.

 

Ensuite, il est capital que la conditionnalité attachée aux nouveaux prêts tienne compte des quatre éléments suivants :

 

a)      Les mesures d’austérité doivent être jugées « supportables » par la population, à moins de provoquer une continuation des troubles sociaux et une réaction négative des marchés.

b)      Les échéances d’une grande partie des prêts doivent être allongées de manière significative, c’est à dire sur 20/30 ans. Pour rendre cette exigence compatible avec le souci légitime de sécurité des prêteurs, je suggère que les titres des entreprises à privatiser soient mis en nantissement auprès du Fonds Européen de Stabilisation Financière et que, lors de leur vente, le produit soit réinvesti en Bunds à coupon zéro, dont les échéances correspondent à l’amortissement du capital et des intérêts de la dette initiale, garantissant ainsi son remboursement.

c)      Les taux d’intérêt sur les prêts devraient être revus à la baisse de façon à ce que celle-ci, combinée avec l’allongement des échéances, soulage les finances publiques grecques et permette à l’économie de redémarrer.

d)     Un mécanisme renforçant la perception équitable des impôts doit impérativement être mis en place, comme souligné par le Président Herman Van Rompuy.

 

En plus de ces mesures, il y aura lieu de traiter parallèlement la question de la solvabilité du système bancaire et de son interdépendance avec les finances publiques. A ce propos, les résultats des stress tests sont attendus avec impatience et constituent un des éléments indispensables au rétablissement de la confiance. Ils devront notamment ne pas esquiver la question du risque « souverain » que constituent les investissements/crédits accordés par le système bancaire aux Etats Membres de l’UE.

 

Moyennant des réponses crédibles à l’ensemble de ces questions, les marchés pourraient retrouver une certaine sérénité et initier un cercle vertueux renforçant la reprise.

 

Mais, apporter une solution satisfaisante au problème de la dette souveraine au sein de l’UEM,  ne constitue qu’un parmi plusieurs facteurs majeurs d’incertitude qui planent sur les marchés. Parmi ceux-ci il faut noter :

a)      La situation aux Etats-Unis concernant le relèvement du plafond autorisé de la dette fédérale,  les déficits budgétaires et de la balance des payements et l’anémie de la reprise économique.

b)      Le problème de l’évolution du cours (et de l’approvisionnement) des matières premières, notamment du pétrole et des denrées alimentaires.  

c)      L’instabilité des taux de change et la controverse entourant le rôle pivot du dollar US dans le système monétaire international.

d)     La régulation du système financier au plan mondial.

 

En conclusion, s’il convient de saluer l’accord provisoire intervenu ce weekend sur la Grèce, il reste de nombreux éléments d’incertitude et il serait très prématuré de considérer la crise comme résolue.

 

Bruxelles, le 3 juillet 2011

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre de l’Institut Thomas More.

 

__________________________________________________________________________________

Tel : +32 (02) 6475310                                                                           e-mail : paul.goldschmidt@skynet.be

Mob.: +32 (0497) 549259                                                                 Web: www.paulngoldschmidt.eu