La Crise Financière:

Le moment de vérité approche à grands pas!

 

J’ai été relativement silencieux, ces dernières semaines, alors que j’observais, avec effroi, l’objet de mes pires craintes – décrites précédemment –faire l’objet de débats quotidiens dans les médias, au point qu’elles en sont devenues acceptables sinon inévitables.

 

Le seul point positif me semble la cristallisation d’un consensus sur le fait que la pérennité de l’UEM (et de l’UE) est inexorablement liée à une intégration économique et politique plus poussée. Cette conclusion a, du moins, le mérite de la « clarté ». Elle met le citoyen européen devant un choix dénué d’ambiguïté: soit l’Eurozone se désintègre, soit elle se transforme en une « Fédération » dotée d’une hiérarchie des pouvoirs distribués entre les autorités fédérales, nationales et locales.

 

La désintégration de l’UEM serait une calamité pour les 27 pays de l’UE et pour le monde entier. L’insistance du Premier Ministre et du Chancelier de l’Echiquier sur les conséquences désastreuses pour le Royaume-Uni en cas d’implosion de l’UEM sont la preuve suffisante pour interdire tout « schadenfreude » de la part de ceux qui se complaisent dans le « je vous l’avais bien dit ! », au moment où eux-mêmes sombrent corps et biens dans les profondeurs du chaos mondial. C’est donc l’intérêt de la Grande-Bretagne de se mobiliser en faveur de l’Eurozone, de préférence en s’y associant (avec les 9 autres non-membres) mais en tout état de cause en contribuant à renforcer la cohésion de l’UE/UEM plutôt que d’en exacerber les divergences.

 

Les chances d’éviter la désintégration diminuent au fur et à mesure de la désaffection de la population, séduite par les sirènes nationalistes et populistes qui trouvent un terreau particulièrement favorable en période de crise. Cette situation ne fait que compliquer la mise en œuvre de la solution fédéraliste qui demeure, cependant, la seule option viable.

 

Pour survivre, l’Eurozone doit avoir accès à la panoplie complète des outils économiques et financiers qui sont l’apanage de tout Etat souverain et qui fait cruellement défaut au sein de l’UEM inachevée. Cette exigence inclut la transformation de la BCE en un réel « prêteur de dernier ressort » ainsi que la possibilité de mener une politique de change active visant à la défense des intérêts des Membres de l’UEM (et de l’UE).  Ceci rend incontournable une profonde réforme de l’architecture institutionnelle de l’UEM avec une centralisation appropriée d’un pouvoir de décision soumis à un contrôle démocratique, tempéré par une dévolution de pouvoirs, conforme aux principes de la subsidiarité.

 

L’évènement qui m’a poussé à prendre la plume ce jour est l’échec patent de la dernière émission d’obligations du FESF qui est pertinente au regard des négociations en cours sur son renforcement et emblématique de la dangerosité de la situation actuelle.

 

Quelles que soient les conditions turbulentes du marché, le fait pour un émetteur AAA de payer une prime de 177pb. au-dessus des Bunds à 10 ans soulève d’importantes questions.

 

Premièrement, cela démontre la détérioration de l’acceptation des titres du FESF par le marché (le différentiel était limité à 55pb. en juin dernier) laquelle s’est aussi traduite  par le niveau réduit de participation des investisseurs officiels (Banques Centrales et Fonds Souverains). Après tout, ils doivent déjà endurer des pertes (non réalisées) considérables sur leurs achats antérieurs d’obligation du Fond.

 

Deuxièmement, il faut noter que la France, notée AAA, paye aujourd’hui « seulement » 134pb. au-dessus des Bunds et se trouve sous surveillance avec implication négative de la part d’Agences de Notation. Cela doit remettre en question la notation du FESF si sa structure financière n’est pas revue rapidement de fond en comble.

 

Troisièmement, c’est un mauvais présage quant à la capacité du Fond de remplir son objectif fondamental à un coût raisonnable car il devra – inéluctablement – transférer à l’emprunteur le surcoût de son propre financement, réduisant d’autant le montant du soutien apporté.

 

Quatrièmement, il sera intéressant d’observer si ces développements négatifs contaminent le marché des autres émetteurs traditionnels garantis par l’UE (le MESF et la BEI), danger que j’ai signalé dès la création du FESF.

 

C’est pourquoi, je réitère des propositions antérieures envisageant les mesures suivantes :

 

a)      Transformer le FESF (MES) en une Agence de l’UE bénéficiant de la garantie budgétaire (ce qui implique la garantie conjointe et solidaires des 27). Cela restaurerait immédiatement la crédibilité financière du Fond et justifierait un resserrement significatif de la prime de risque par rapport aux Bunds.

b)      Obtenir des 17 membres de l’UEM une contre-garantie au profit du budget européen. Tout appel en garantie d’un non-Membre de l’UEM serait subordonné à l’appel prioritaire des 17. Avec cette protection, les non-Membres devraient être prêts à souscrire la garantie budgétaire. Sans cette preuve de solidarité a minima, le moment serait sans doute venu de passer l’ensemble des efforts consentis pour la construction européenne par pertes et profits.

c)      Accorder au FESF le statut de banque avec accès aux facilités de refinancement de la BCE.

d)      Démontrer de manière symbolique mais sans équivoque la solidarité interne à l’UEM, en fusionnant les quotas de ses Membres au FMI, où ils seraient représentés par un unique Gouverneur. Cette mesure renforcerait considérablement le pouvoir de l’Eurozone au sein de l’Institution et apporterait au marché la démonstration incontestable de la volonté de « faire tout le nécessaire » pour assurer l’avenir de la monnaie unique.

 

Tout en reconnaissant que la mise en œuvre de ces mesures  demande du temps, une déclaration intérimaire faisant état d’un « accord politique unanime » contribuerait puissamment au rétablissement de la confiance des marchés et accorderait un délai bienvenu pour affronter la crise de la dette souveraine qui s’aggrave. D’autre part, il serait téméraire de penser qu’une fois le point de non retour atteint, il y aura la possibilité de « négocier » sereinement les étapes suivantes d’un démantèlement. Il n’y aura pas d’alternatives à l’imposition de mesures d’urgence en ce compris le contrôle des changes, la limitation des retraits et transferts bancaires ainsi que d’autres mesures rappelant la période de l’après deuxième guerre mondiale, dont la grande majorité des citoyens n‘ont aucun souvenir. Une telle situation ne peut qu’encore prolonger la période difficile qui s’annonce de toutes manières, et qui entraînera immanquablement de lourds sacrifices.

 

Lorgues, le 8 novembre 2011 

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre de l’Institut Thomas More.

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