La Recapitalisation des Banques :

 

Dilemme intimement lié à la crise de la dette souveraine !

 

 

La récente réunion entre la Chancelière Merkel et le Président Sarkosy donne – enfin – à penser que les dirigeants des deux piliers de l’UEM ont intégré l’urgence de la situation. Ils ont surmonté leur fierté et, à l’instar de Christine Lagarde, se sont rendus à l’évidence que les admonestations des principales puissances économiques mondiales, Etats-Unis, Chine et Grande Bretagne en tête, étaient fondées. Elles réclament la mise en place de mesures urgentes pour éviter une dépression à l’échelle mondiale dont l’ampleur rivaliserait avec celle des années 1930. On doit se réjouir du calendrier serré qu’ils se sont fixés pour faire des propositions détaillées, notamment sur la recapitalisation des banques.

 

Reste néanmoins le plus difficile : les propositions doivent être suffisamment crédibles pour restaurer la confiance des marchés et éviter qu’une panique ne gagne le déposant, engendrant l’implosion systémique tant redoutée. Le communiqué, largement limité aux « principes », ne fait, à présent, que consacrer la nécessité d’agir.

 

Déjà apparaissent des divergences entre les formules d’intervention; l’Allemagne affiche sa préférence pour la responsabilisation des Etats envers leurs secteurs bancaires respectifs (comme ce fut le cas après la faillite de Lehman en 2008) alors que la France insiste sur l’utilisation du FEFS (dont le mandat a été amendé en ce sens le 21 juillet dernier) pour mutualiser le renflouement des banques en difficulté et minimiser l’impact sur les statistiques de la dette publique des Etats concernés.

 

La position allemande est préférable pour les raisons suivantes: d’abord le FESF n’aura pas les moyens financiers suffisants, même après ratification des accords de juillet; cela nécessitera une nouvelle négociation, soumise elle aussi à une ratification très problématique. De plus se posera la question épineuse de la fixation des conditions d’intervention du FESF et de l’exercice des droits afférents aux prises de participation en capital dans les banques concernées. L’exigence d’unanimité en vigueur au FESF rendra un tel processus quasiment ingérable car il sous-entend un traitement « politique » uniforme, alors que les circonstances particulières de chaque banque requièrent une approche à la carte.

 

La recapitalisation des banques nécessitera des fonds que l’on ne peut trouver exclusivement en faisant appel au marché des capitaux. L’intervention des Etats étant inévitable, il sera nécessaire que la position du contribuable soit efficacement protégée ce qui est difficilement envisageable si le FESF est le véhicule choisi. Cette contrainte implique une forte détérioration des perspectives de redressement espérées par les actionnaires et explique évidemment leur réticence à souscrire à des augmentations de capital pourtant indispensables.

 

Une raison supplémentaire d’écarter la solution impliquant le FESF est qu’il faut éviter à tout prix la répétition du scénario irlandais où les prêts accordés – en partie par le FESF – étaient dédiés à hauteur d’€35 milliards à la recapitalisation des banques locales par l’Etat. Ce mécanisme revenait à mettre à la charge du contribuable irlandais le remboursement d’emprunts toxiques contractés auprès des banques européennes, protégeant ainsi les actionnaires/contribuables continentaux du risque de défaut de la part des banques irlandaises. On voit difficilement comment l’Irlande, Membre de l’UEM, donnerait son accord à une intervention du FEFS pour recapitaliser les banques sans exiger une renégociation des conditions qui lui ont été imposées auquel cas l’accord du FMI et de l’Union Européenne sera nécessaire.

 

Au-delà des divergences sur la « technique » d’intervention, de fortes oppositions font surface entre la lecture des autorités et celle des banques sur la nécessité même d’une recapitalisation significative. L’argument de l’adéquation des fonds propres et de l’anticipation de la mise à niveau des ratios exigés par les accords de Bâle III pour 2019, est mise à mal suite à l’implosion de Dexia qui (à l’instar des banques irlandaises en 2010) a passé sans difficulté les stress 2011. La fragilité de Dexia vient en partie de son exposition aux risques souverains de pays périphériques de l’UEM, ignorée dans les tests (même si leur montant a été rendu public).

 

L’application de coefficients de « réserves » basés sur le niveau des « notations », qui se dégradent rapidement non seulement pour les pays ayant déjà eu recours à l’aide extérieure (Grèce, Portugal et Irlande) mais aussi pour l’Italie, l’Espagne et menacent la Belgique et la France, ferait apparaître une sous-capitalisation massive du secteur bancaire et donc une exigence de recapitalisation urgente. Celle-ci doit être suffisante pour absorber le choc d’un amortissement complémentaire de la dette grecque dont la défaillance est considérée comme inévitable, tout en évitant que ce « précédent » n’induise un phénomène de contagion. A ce propos, l’exigibilité des contrats « CDS » portant sur la dette grecque fait aussi peser une inconnue significative sur les conséquences d’un défaut de payement, les montants en cause et la solidité   « contreparties » étant inconnues; cette situation pourrait fragiliser des banques qui se croient adéquatement protégées et entretient la méfiance dans le marché interbancaire.

 

Une alternative (partielle) consisterait à réduire significativement les portefeuilles d’obligations souveraines détenues par les banques mais dans ce cas qui va souscrire aux emprunts d’Etat ? L’investisseur exigera un rendement supérieur pour compenser la contraction de la demande générée par le retrait des banques alors même que la détérioration des notations augmente la perception du risque. Dans un contexte où les Etats doivent simultanément rétablir – progressivement - l’équilibre budgétaire, diminuer la dette publique et soutenir leur secteur bancaire on se trouve face à la quadrature du cercle alors que les perspectives d’une « croissance » salvatrice font cruellement défaut.

 

Ainsi, s’il est erroné de prétendre que les banques n’ont rien appris de la crise de 2008, il faut se rendre à l’évidence qu’aux excès d’une prise de risques excessives centrés autour de produits toxiques et largement non réglementés (produits dérivés – subprimes etc.) s’est substitué une addiction tout aussi dangereuse aux titres de la dette publique, fortement encouragée par les Gouvernements, tolérée par les régulateurs, et facilitée par un refinancement avantageux auprès de la BCE.

 

C’est ce phénomène que j’ai déjà souvent dénoncé sous le vocable de « relation incestueuse » entre le secteur bancaire et la puissance publique. La transformation du surendettement du secteur privé – cause de la crise de 2008 – en surendettement du secteur public n’a pas diminué l’endettement global, ne faisant que retarder le moment de vérité.

 

Dans la formulation des mesures urgentes à mettre en œuvre, il faudra apporter des réponses à l’ensemble des questions soulevées ci-dessus, sans quoi – au-delà d’éphémères effets d’annonce – les marchés ne retrouveront pas la confiance nécessaire. Les autorités devront faire preuve d’un grand courage politique et expliquer la nécessité de sacrifices substantiels qui, si l’on veut éviter des remous sociaux violents, devront être et perçus comme « équitables ». La part des efforts demandés aux nantis sera importante et doit être acceptée comme le prix à payer pour assurer la pérennité des énormes acquis qui ont fait la prospérité croissante de l’Union Européenne au cours des soixante dernières années. 

 

Lorgues, le 10 octobre 2011

  

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre de l’Institut Thomas More.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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