C’est l’Union Européenne et non l’Allemagne qui doit marquer sa solidarité avec la Grèce.

 

Dans la foulée du vote du Parlement Européen confirmant la confiance dans la nouvelle Commission, le Président Barroso et ses Collègues ont une occasion unique de traduire en actes les belles paroles prononcées dans l’enceinte strasbourgeoise. Il est particulièrement urgent que la Commission fasse preuve de l’audace promise et reprenne l’initiative dans le dossier de la crise financière.

 

La réaction initialement positive aux rumeurs faisant état d’une intervention possible de l’Allemagne dans le dossier Grec montre à quel point la crédibilité de ce pays reste supérieure à celle de l’Union Européenne. Or, s’agissant d’une question d’importance vitale pour l’ensemble de l’Eurozone et de l’Union, ce serait une faute grave d’en confier la gestion à un seul de ses Membres ; il en va de la crédibilité de la Banque Centrale Européenne, de  la Commission et finalement de l’Union elle-même.

 

La manière dont ce premier vrai test de la monnaie unique sera géré (d’autres tests suivront immanquablement), créera un précédent qu’il sera difficile d’ignorer. Introduire à ce stade la possibilité d’une solution bilatérale entre deux pays Membres serait, après la manière dont l’Union a réagi en Octobre 2008 à la crise, une nouvelle étape significative vers la dérive intergouvernementale de l’Union qui réduirait encore davantage les capacités d’action de la Commission.

 

Comme le disent les anglais : « celui qui paye le flutiste choisit la partition ». Si donc l’Allemagne intervient unilatéralement (ce qui est probablement suffisant pour rassurer les détenteurs d’obligations grecques), c’est elle qui établira aussi la conditionnalité attachée à son soutien et ses partenaires de l’Euro Group ainsi que les autres Membres de l’Union n’auront guère voix au chapitre.

Comme on peut imaginer que des situations analogues puissent intervenir avec d’autres pays Membres (Portugal – Irlande – Espagne), il est de la plus haute importance qu’il y ait une approche cohérente et que la première intervention du genre serve de modèle. Rien ne serait plus désastreux ou de nature à porter préjudice à la monnaie unique qu’une approche ponctuelle qui se présenterait sur des bases chaque fois différentes et qui pourrait donner lieu à des inégalités de traitement, des surenchères ainsi qu’encourager des attaques spéculatives.

 

L’Union Européenne a d’ailleurs l’expérience voulue en la matière étant intervenue (avant la création de l’Union Monétaire) en faveur de pays Membres rencontrant des difficultés dans leurs balance des payements (Italie, Grèce..), empruntant au nom de l’Union et prêtant au bénéficiaire le produit sous une très stricte conditionnalité. C’est ce mécanisme bien rôdé qu’il faut privilégier dans les circonstances actuelles.

 

Permettre à un Etat membre, en l’occurrence l’Allemagne, de dicter ses conditions serait aussi de nature à lui conférer une voix prépondérante qui pourrait affecter l’indépendance de la BCE en matière de politique monétaire, recréant au passage l’influence dont bénéficiait autrefois la Bundesbank. Ainsi un des principaux acquis de l’Euro, qui a été un partage de la souveraineté monétaire, serait compromis.

Cette crise supplémentaire, qui se superpose à la crise financière et économique dont d’aucuns pensaient qu’elle se résorbait, appelle plusieurs commentaires:

 

  1. Il est urgent d’avancer dans les dossiers de la réforme du système financier tant au niveau de l’Union Européenne qu’à celui du G20.

 

  1. Il y a lieu d’amender les propositions concernant l’instauration d’organes de surveillance systémique recommandée par le Rapport de Larosière et le Congrès américain, pour y inclure la surveillance (délicate) du risque posé par les emprunteurs souverains. La crise grecque – et avant elle l’épisode Fannie Mae Freddie Mac aux Etats-Unis - démontre l’interdépendance de la solvabilité du secteur bancaire avec celle des Etats ; or cet aspect a été complètement ignoré dans les propositions législatives en voie de ratification.

 

3.      La crise grecque a suscité un nouvel épisode de critiques de boucs émissaires jetés en pâture à l’opinion publique : il s’agit des hedge funds, accusés de « spéculer » contre les obligations grecques, attirant l’attention sur les rémunérations de ces opérateurs qui rejoignent ainsi l’opprobre dont on a affublé les traders. Le vrai danger que présentent les hedge funds est de leur permettre un endettement excessif notamment auprès des institutions de crédit. A ce propos, je renvoie le lecteur aux propositions faites dans mon récent article « Le Président Obama et la Banquiers » (http://institut-thomas-more.org/showNews/404.) dans lequel je propose une limitation des risques crédits assumés par les banques et l’extension de la taxation des bonus dépassant €27,500 de tous les acteurs économiques en les rendant non déductibles fiscalement. Cette mesure d’ordre générale préserve la liberté de chaque pays de fixer les taux de taxation, évite une discrimination entre contribuables et assure un meilleur alignement des intérêts des salariés, des actionnaires et de l’Etat.

 

Un Conseil Européen informel se tiendra demain à Bruxelles à l’initiative du nouveau Président van Rompuy. Il faut le féliciter de cette initiative et espérer que cette réunion pourra démontrer la solidarité entre les 27 pays Membres. Il faut surtout souhaiter qu’il s’agisse d’un premier exemple emblématique d’une coopération plus approfondie entre le Conseil et la Commission, répondant aux attentes du Traité de Lisbonne. D’une réponse crédible et audacieuse aux défis de cette nouvelle crise devraient ressortir les bases pour une meilleure coordination (gouvernement ?) économique de l’UE et une mobilisation efficace, dans le respect des Traités, de la BCE et de la BEI au service du citoyen européen.

 

Bruxelles, le 10 février 2010

 

Paul N. Goldschmidt

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité Consultatif de l’Institut Thomas More.